Projets

2026, Tilleul, parking, Louvain-la-Neuve

Je suis un Tilleul, je vis sur le parking de la Faculté de bio-ingénierie de Louvain-la-Neuve (Belgique).

D’avril 2026 à janvier 2028, je participe au projet de recherche artistique et d’installation ROOTS (Révéler les systèmes organiques et technologiques opaques), grâce au soutien de UCLouvain Culture.

ROOTS propose de créer un modèle de langue (LLM) entraîné localement à partir de zéro et nourri de données scientifiques et littéraires liées aux arbres. Connecté en temps réel aux capteurs d’un tilleul à Louvain-la-Neuve (flux de sève, variation de diamètre) dont les données seront croisées avec des données météorologiques, ce LLM deviendra l’interprète d’un organisme végétal vivant.

Trois moments clés dans le processus de l’entraînement du LLM feront objet de publications algolittéraires originales, c’est-à-dire des œuvres littéraires générées par un algorithme: les plongements lexicaux (word embeddings), le self attention mechanism et la génération du texte de façon automatique.

Activités

Le procédé complet — collecte des données, entraînement, documentation des choix, visualisation des coûts énergétiques, limites et potentialités — sera documenté sur un wiki, qui sera organisé comme un module de formation destiné à l’université UCLouvain, afin de démystifier les LLMs et de questionner notre rapport aux technologies et au vivant.

En automne 2027, les publications algolittéraires seront montrées sous forme numérique lors d’une exposition au Learning Centre Christine de Pizan (UCLouvain) et via un QR code installé près de l’arbre participant à Louvain-La-Neuve. Au cours de la même période, le centre d’arts bruxellois nadine facilitera des impressions riso des publications algolittéraires, ainsi qu’une soirée de lecture. Le Musée de Littérature de Mariemont montrera la série de publications algolittéraires et organisera un événement.

Créations algolittéraires

ROOTS recombine deux types d’activités qui sont déjà présentes dans l’oeuvre d’Anaïs Berck: l’interprétation esthétique de données issues de capteurs d’arbres d’un côté, et la création d’oeuvres algolittéraires de l’autre.

En effet, ces dernières années Anaïs Berck a créé des installations en collaboration avec des arbres vivants dans les parcs de Arnhem - Arnhemse Bomen Vertellen - et dans trois réserves naturelles en Flandre – Les Temps des Arbres. Ces installations rendaient visibles des aspects de l’arbre qui sont invisibles à l’oeil humain. En collaborant avec la Faculté des bioingénieurs de UCLouvain, Anaïs Berck continuera à développer cette ligne thématique.

Dans le cadre du projet FRART - Une Maison d’édition algolittéraire: tisser les liens avec les arbres - Anaïs Berck a créé plusieurs oeuvres algolittéraires, dans lesquelles l’auteur est un algorithme particulier qui développe le récit de façon dadaïste. Ce sont des oeuvres en ligne générées en temps réel qui peuvent être imprimées en tant que pdf.

Les algorithmes comme auteurs

Pour les récits algolittéraires de ROOTS Anaïs Berck collaborera avec 3 collectifs algorithmiques importants dans l’entraînement d’un modèle de langue :

- les plongements lexicaux: pour qu’un modèle puisse traiter le langage, les mots doivent d’abord être traduits en chiffres manipulables par une machine. Chaque mot est ainsi représenté comme un point dans un espace multidimensionnel, où les distances et les orientations traduisent des relations de sens.

- le self attention mechanism: le mécanisme central des architectures ‘transformers’, comme ChatGPT, qui montre comment le modèle pondère différemment les mots d’une phrase pour produire une représentation contextuelle du langage.

- la génération de texte automatique: c’est l’aspect le plus connu des modèles de langue, le site de ROOTS permettra la génération de texte basé sur les données de l’arbre en temps réel.

Pour chaque collectif algorithmique Anaïs Berck explorera les métaphores relatives au fonctionnement de l’arbre - p.ex. quand la température augmente, les fonctions de température qui font partie de la génération de texte finale, augmenteront aussi, de sorte que le texte généré sera plus créatif.

Ouvrir des boîtes noires

ROOTS se focalise ainsi sur une tension fondamentale : les arbres et les modèles de langage partagent un même statut paradoxal de boîtes noires. Les arbres, dont l’humanité dépend depuis toujours, agissent silencieusement, sans que nous comprenions réellement les dynamiques internes qui régulent leurs activités. À l’autre extrémité, les LLMs sont des entités ultracontemporaines, devenues omniprésentes dans nos interactions quotidiennes. Nous interagissons activement avec eux tout en ignorant en grande partie leurs mécanismes internes et leur dépendance matérielle.

Le projet propose d’ouvrir simultanément ces deux boîtes noires. Cette mise en regard produit un contraste interpellant puisque les arbres purifient l’air et rendent possible la vie, alors que les LLMs consomment de l’énergie et contribuent indirectement au changement climatique.