
l’école sauvage fait apparaître un, des, éclats de temps,
produit des gestes, des frottements,
ce geste éditorial collectif vient a-ccueillir ces surgissements.
Penser le milieu comme ce qui nous enseigne
L’impasse actuelle dans laquelle se trouve nos sociétés occidentales, si elles ne changent pas drastiquement leur fonctionnement vis-à-vis de la planète qui les porte, ne nous laisse pas le choix. Nous devons impérativement nous engager dans tout ce qui peut nous redonner la mesure de la vie à préserver, dans tout ce qui peut nous relier au système-terre, cela même qui nous permet d’être vivant·es. Un premier mouvement consiste à mobiliser notre attention envers nos milieux de vie, pour percevoir ce qu’ils ont à nous apprendre. Dans Comment la Terre s’est tue, David Abram analyse la manière dont les humains de la modernité ont rendu inaudibles les autres formes de vie, non seulement en provoquant leur destruction, mais aussi en étouffant leur voix par une négation systématique de leur agentivité et de leurs besoins. La prise de conscience de notre interdépendance avec elles nous amène aujourd’hui à les écouter de nouveau. L’art a alors un rôle à jouer pour rendre sensible leurs existences multiples et leur relation au monde humain.
L’École sauvage veut cultiver cette attention et pour cela, engager des expériences pédagogiques situées, incarnées et reliées, à l’écoute des voix autres qu’humaines. Le milieu devient alors celui qui nous enseigne et avec lequel nous dialoguons d’égal à égal.
L’inspiration des pédagogies critiques
L’histoire récente est riche de tentatives de révolutionner la pédagogie. Rompre la logique descendante de l’apprentissage, abattre les murs de la classe, réinventer les rythmes scolaire, refuser l’injonction à la performance et à la productivité, nourrir l’aptitude à réfléchir de façon autonome, à développer une créativité libre, etc., sont autant d’aspirations essentielles qu’une école d’art, encline à la remise en cause des normes sociales, se doit d’embrasser, ou au moins de considérer, dans sa mission de formation d’artistes et plus largement de travailleur·euses culturel·les. C’est à cette entreprise que veut se consacrer l’École sauvage.
Trois ans de recherche-action sur la pédagogie en milieu vivant apprenant
L’École sauvage naît de la rencontre avec un lieu singulier, Kerminy, qui se veut un « Kampus » ouvert et libre de recherche-action sur le lien humain-non humain en milieu rural. Loin de l’institution académique, mais ouvert à ses membres désireux d’autres formes de recherche, la ferme artistique et maraîchère sera le terrain de pratiques de recherche ancrées dans le contexte immédiat : terre, forêt, champs, rivières, animaux, pratiques agriculturelles. Mobilisant les puissances de nos corps – les sens, la voix, le mouvement, l’attention et l’énergie vitale – articulées à des méthodologies cognitives et des savoirs de différentes disciplines, nous expérimenterons des manières d’apprendre, de partager et de transmettre qui nous invitent dans une communauté de présences avec d’autres modes d’existence. Résident·es de Kerminy, enseignant·es, étudiant·es et invité·es, aidé·es des habitant·es autres qu’humain·es, élaborerons ensemble, sans hiérarchie, des réflexions et des outils pédagogiques en « milieu vivant apprenant ».
Vers une vision élargie de l’art
Une telle approche nous semble urgente non seulement vis-à-vis de la crise écologique, mais aussi pour repenser les modalités et la place de l’art dans la société. Le modèle actuel repose encore sur le principe moderne d’un art comme représentation du monde, à travers des objets presque exclusivement pensés pour être présentés dans des lieux hors de ce monde, des espaces blancs, orthonormés, formes architecturales d’une prétendue neutralité, sans qualité. À l’opposé, un nouvel espace pour l’art est à dessiner, fruit de nos attentions au milieu vivant, où ce dernier aura véritablement sa place, en tant que protagoniste à part entière, avec nous. Les signes, les métaphores, les images et les récits sont essentiels pour nourrir nos sensibilités et enrichir nos imaginaires. Cependant, il s’agit de questionner leurs modalités : où existent-ils ? Où agissent-ils ? Avec qui et comment les construire et les partager ? D’autre part, de nouvelles formes d’art émergent, non représentationnelles, en prise avec le vivant, agissant dans des milieux vivants, accomplissant l’acte d’amour envers le monde que tout art constitue. Ces nouvelles manières d’être artiste génèreront à leur tour de nouveau récits.
De plus, la logique économique de l’art, conforme à un capitalisme mortifère, repousse un nombre croissant de jeunes désireux d’investir leur vie dans la création. La recherche de nouvelles formes d’économie artistique, et donc de rôle social pour l’art, constitue une voie essentielle pour demain. Le projet de Kerminy, lieu de formation d’artistes en territoire, d’artistes-paysans ou d’artistes-artisans, donne à l’École sauvage un terrain d’inspiration pour imaginer d’autres futurs pour l’art que celui auquel les étudiant·e en école d’art sont actuellement formé·es.
pourquoi sauvage ?
école pour qui, par qui et avec qui ?
comment est-ce qu’on met vraiment les choses à plat ?
en quoi l’école sauvage est-elle une école ?
est-ce que le séquoia peut nous enseigner quelque chose ?
quels autres à part nous ?
quel “nous” ?
quels prérequis, quelles conditions pour créer école sauvage ?
ça veut dire quoi “prérequis” ?
c’est quoi “sauvage” ?
c’est quoi une école ?
pourquoi une école ?
comment peut-on relationner avec le vivant ?
quelle est l’importance de la météo ?
avec quels après-requis repartirons nous ?
quelles sont les limites de l’école sauvage ?
est-ce que l’école sauvage peut être dans la lisière ?
est-ce qu’on élabore une pédagogie?
pourquoi a-t-on besoin aujourd’hui d’école sauvage ?
l’école sauvage fonctionne-t-elle en meute ?
comment inventer ensemble ?
peut-on quitter l’école sauvage ?
quelle est la langue d’école sauvage ?
est-ce que l’école sauvage a un territoire ?
l’école a-t-elle besoin d’argent ?
comment faire art, ou faire de l’art, dans l’école sauvage ?
combien de participant.e.s à l’école sauvage ?
quelle différence avec des pédagogies alternatives ?
est-ce que la pédagogie de l’école sauvage passe par les gestes nécessaires du quotidien ?
c’est quoi la temporalité de l’école sauvage ?
quel âge, pour participer à l’école sauvage?
comment ouvrir l’école sauvage ?
est-ce qu’on doit inviter des enfants ?
et des vieux ?
sommes-nous encore des enfants ?
comment nourrir l’école sauvage ?
à quelles catégories sociales s’adresse l’école sauvage ?
quels sont les corps qui constituent l’école sauvage ?
l’école sauvage est -elle sauvage comme la vie ?
est-ce qu’il y a des questions dans celles et ceux qui ne prennent pas la parole ?
a-t-on besoin du mot “école” ?
qu’est-ce qu’on apprend ?
qu’est-ce qu’on transmet ?
l’école sauvage consomme-t-elle de l’énergie, et est-ce qu’elle en restitue ?
l’école sauvage peut-elle s’arrêter ?
l’école sauvage peut-elle être virtuelle ?
que faire de l’école sauvage à l’école ?
est-ce qu’on a des places et des fonctions dans l’école sauvage ?
y a-t-il une gouvernance d’école sauvage ?
l’école sauvage ne devrait-elle pas avoir un nom ?
comment nomme-t-on ?
est-ce que l’école sauvage est nomade ?
et le non-vivant dans tout ça ?
qu’est-ce qui nous lie ?
qu’est-ce qui est non-vivant ?
quel collectif peut former école sauvage ?
qui paye ?
quels déchets génère l’école sauvage ?
l’école sauvage est-elle une expérience ou un modèle ?
s’agit-il d’ensauvager ou d’apprivoiser ?
peut-on devenir sauvage ?
quels outils, quelles méthodes, pouvons-nous mettre en place pour penser ensemble l’école sauvage ?
quels équilibre entre corps et esprit ?
comment peut-on prendre le temps ?
que fait-on des expériences vécues ?
faut-il certains critères pour intégrer l’école sauvage ?
quelle est la place du sol dans l’école sauvage ?
quel lien avons-nous avec la terre ?
quelle place pour l’imagination ?
quelle place pour l’imaginaire ?
et si on ne documentait rien ?
quelle place donner aux métiers non-artistiques ?
où s’arrête l’art ?
est-ce qu’il y a une hiérarchie des pratiques ?
où commence l’art ?
comment raconter ?
l’école sauvage apprend-elle à désapprendre ?
que cherchons-nous à l’école sauvage ?
que mange-t-on à Kerminy ?
quelle place pour les formes ?
quelles sont nos sources d’inspiration ?
quel dialogue avec l’IA ?
attend-on de l’école sauvage qu’elle nous transforme ?
comment est-ce que l’école sauvage pense ses liens au système extractiviste ?
qu’est-ce qu’un système extractiviste ?
est-ce que l’art est une école du soin ?
est-ce qu’on peut inventer un examen ? un diplôme ?
qu’est-ce qu’il s’agit d’examiner ?
l’école sauvage sera-t-elle un jour victime de l’extractivisme ?
l’école sauvage est-elle politique ?
de quoi vit-on après l’école sauvage ?
est-ce qu’on apprend des techniques d’auto-défense ?
est-ce qu’on doit réussir ?
quelle est la place du temps ?
l’école sauvage doit-elle avoir un horizon ?
comment éviter l’entre-soi ?
y contribuer, est-ce être militant.e ?
pourquoi est-ce important de connaître le nom des arbres ?
est-ce que l’école sauvage ne fait pas double-jeu ?
Ces
questions
vont-elles
faire
du déchet ?
Prendre soin du lieu. Transmission et travail du bois.
Prendre soin du lieu. Transmission et travail du bois.
Prendre soin du lieu. Transmission et travail de la terre.
Prendre soin du lieu. Transmission et travail de la terre.
Prendre soin du lieu. Transmission au jardin.
Prendre soin du lieu. Transmission au jardin.
Cornemuse, botte de foin et Qi Gong
Cornemuse, botte de foin et Qi Gong
De quoi nos double-corps ont-ils été à l’écoute ?
Le double-corps : yeux d’un corps guidés par les pieds d’un autre corps, accroché à lui.
» Le sauvage : quelque chose peut surgir qui va bousculer tous nos sens » David gé Bartoli (22 octobre 2025, devant le château, Kerminy, 11h32, avant une déambulation collective commentée)
Après le corps habité, le corps de bâtiment/le lieu habité, David introduit le “corps arachnéen” (de Fernand Deligny) : le corps qui chorégraphie l’espace, le corps qui erre et qui trace, celui qu’il nomme “géomémoire”.
On traverse le parc à moutons et on choisit un.e partenaire.
En duo, solidement constitué par l’accroche de 2 bras, un corps double se constitue : une personne est les yeux du duo, l’autre personne est les pieds. Une personne ferme les yeux et ses pieds seront les guides du double corps, l’autre personne a les yeux ouverts et ses pas suivent le rythme et cheminement de la personne aveugle.
Rendez-vous de l’autre côté du grand champs à la lisière de la forêt pour une visite du Verger Social Club.
Au signal vocal, on change les rôles.
Je suis les yeux d’un corps double, grands ouverts ; les arbres au loin attirent mon regard sans pour autant que mes pieds suivent l’intention de cette direction. Au contraire, je tente d’influencer nos 4 pieds mais je ne peux que suivre le pas de plus en plus assuré de mon corps augmenté, élargi à droite…
Je sens que nos 4 oreilles se mettent à écouter le glissé des herbes hautes (et mouillées!) sur nos chaussures qui s’enfoncent petit à petit dans le sol cahoteux de ce grand champs. Mes-nos yeux regardent les herbes humides, et nous voilà foncer à grands pas…vers le filet à moutons, quasi à notre point de départ! Les yeux n’ont pas pu éviter cela, cette ligne d’erre s’est dessinée depuis nos pieds déroulés sur cette “langue de granit”, roche mère invisible affleurant sous la prairie à quelques mètres sous nos 4 pieds.
Un signal vocal nous fait changer les rôles. Mes yeux se ferment, mes pieds se fondent dans ceux de mon corps de droite.
On se retrouve en groupe, à des endroits si divers du grand champ que l’on se partage que l’intention du RDV à la lisière n’a pas pu être tenu!
Ma gorge est à tailler
David a dit, les organes sont vôtres, il faut les réinventer. Métamorphose.
Produire la vibration, manipuler cette matière du monde, qu’on sait attraper avec l’air.
Je veux produire cet échange d’air.
Déchirer les bulles, faire des mélanges. Ne plus être aveuglé
Trancher le bois, libérer la fibre
la hache n’hache que quand on ne sait rentrer en contact
la hache, dans la voix de Mérovée, elle sépare.
Dans ma main du matin, elle cogne.
Elle est précise, il me faut dégrossir
j’ai allongé ma langue avec la cognée
Claquer, j’ai pu préciser ma matière
Serpe Enser(per)cler
Le dialogue, se passer, se renvoyer le passe partout
J’ai vu ces gens former un corps, ensemble, en s’allongeant les bras par la lame
Le bois est bâti, la terre se durcit mais elle peut être eau
Malo nous tend(re) des houes. Nous allons labourer étape par étape.
Chaque houe est différente, taille, poids, couleur…
Un pied qui foule la terre à l’envers, recouvre mes pieds de terre. Prendre contact.
Entre chaque étape, caresse, râteau
La grelinette. Doigts qui se fraient un chemin, faire respirer la terre. Respirer la terre.
Malo nous explique que les gaz qui se dégagent par cette action nous sont bénéfiques.
Le croc démêle
La terre est eau, matière collective, corps qui se divise
La technique, c’est se forger des outils dans un espace-temps pour se réinventer
Bousculer nos corps-percevants.
Comment mon corps est déjà habité avant que je l’habite.
Les temps profonds.
Quelles langues de l’école sauvage : langue de granit.
Le duende arrive, il nous dessaisit de notre technique.
Partir de la brume pour rencontrer l’inconnu.
Comment se retenir de façonner des formes ?
Le Tokonoma de Kerminy.
Emily Dickinson : « To be = bee »
Nos organes sont des relations.
La matière porteuse d’ombre.
Vulnérabilité pour se réinventer.
Notre devenir arachnéen.
Faire venir l’anima, l’âme du monde.
Chris Marker : “On change, on est jamais le même, il faudrait se tutoyer toute sa vie.”
Travailler sur des façons de faire récit.
Un geste (éditorial) au sein duquel se tisse tous les autres.
Des temps collectifs pour un épaississement des expériences.
Les relations au-delà du visible.
La Pachamama comme hypersujet.
Idée de greffe d’ouvert quand on vit l’attachement à la Terre.
Rendre sa légitimité au savoir vernaculaire.
Devenir chimère
avec l’âne
à force de sentir
à travers les mouvements
de ses oreilles.
Il est 8 heures réveillez-vous
Venez avec nous, venez avec nous
Venez avec nous chanter à Kerminy
Venez avec nous en bonne compagnie
Il est 9 heures à Kerminy
Préparez vos outils, préparez vos outils
Préparez vos outils pour labourer la terre
Préparez vos outils pour marteler le fer
Il est 10 heures à Kerminy
Venez faire des poteries, venez faire des poteries
Des poteries façonnées avec la terre du vois
Des poteries façonnées avec mille et mille doigts
Il est 11 heures à Kerminy
Venez faire des semis, venez faire des semis
Venez faire des semis enrobés dans l’argile
Venez faire des semis de graines projectiles
Il est midi à Kerminy
Venez cueillir des fruits, venez cueillir des fruits
Venez cueillir des fruits et goûter à leur chair
Venez cueillir des fruits même s’ils sont encore verts
Il est 13 heures à Kerminy
Venez dans la prairie, venez dans la prairie
Venez dans la prairie, caresser les ânes
Venez dans la prairie, construire des cabanes
L’est 14 heures à Kerminy
Déplantez vos soucis, repiquez vos soucis
Laissez vos soucis dans un autre parterre
Laissez vos soucis prendre la lumière
Il est 15 heures à Kerminy
L’oiseau tombe du nid, l’oiseau lance son cri
L’oiseau lance son cri, le reconnaissez-vous ?
L’oiseau lance son cri, il répond au biniou !
Il est 16 heures à Kerminy
Et broutent les brebis, et broutent les brebis
Broutent les brebis des herbes et du foin
Le foin fauché par le paysan voisin
L’est 17 heures à Kerminy
L’château est sous la pluie, l’château est sous la pluie
L’eau de cette pluie remplit le lavoir
Et rince la laine qui cache des têtards
L’est 18 heures à Kerminy
Prenez de l’énergie, donnez de l’énergie
Prenez donc la scie pour couper du bois
Donnez de l’énergie à ce feu de joie
L’est 19 heures à Kerminy
Voyez la chauve-souris, voyez la chauve-souris
Voyez la chauve-souris tourner au salon nord
Voyez la chauve-souris tourner jusqu’à l’aurore
Il est 20 heures dépêchez-vous
Venez avec nous, venez avec nous
Venez avec nous chanter à Kerminy
Venez avec nous danser toute la nuit
J’étais un pays humble et beau, j’étais une terre nourricière
J’étais un pays humble et beau, des Perch’rons j’étais le berceau
J’n’étais pas un pays facile, il fallait vouloir travailler
Mais on était récompensé, et comme le cidre désaltérait !
C’est la faute au remembrement si l’eau disparaît des fontaines
C’est la faute au remembrement si plus rien n’arrêtele vent
En été dans les chemins creux, s’enlançaient les amoureux
Les rossignols des alentours, leur sifflaient des chansons d’amour
Avec les branches de sureau, les enfants faisaient des flûtiaux
Existe-t-il un seul ruisseau, qui-n’ait-pas-fait-tourner d’moulin à eau
C’est la faute au remembrement si l’eau disparaît des fontaines
C’est la faute au remembrement si plus rien n’arrête le vent
Les techniciens sont arrivés, les techniciens ont ordonné
Aux paysans manipulés, toutes les haies ont arrachées
Tout’s les collines ils ont rognées, toutes les mares ils ont bouchées
Les vert’s prairies ils ont drainées, l’Europe vert’ m’a torturé
C’est la faute au remembrement si l’eau disparaît des fontaines
C’est la faute au remembrement si plus rien n’arrête le vent
La terre d’ici c’est ma peau, les haies la tenaient fermement
Elle s’envol’ra avec le vent, elle se dissipera dans l’eau
Et quand l’herb’ aura disparu, de quoi vivront les troupeaux ?
Craies et roches apparaîtront, comme des os qu’on met nu
C’est la faute au remembrement si l’eau disparaît des fontaines
C’est la faute au remembrement si plus rien n’arrêtele vent
Les braves gens que j’ai nourris, sous la contrainte m’ont trahi
Aujourd’hui ils me mortifient, à caus’ de l’Europ’ du profit
Mais un jour les fleurs repouss’ront, toutes les haies ils replant’ront
Et les pommiers refleuriront, ça s’appel’ra l’pays perch’ron
C’est la faute au remembrement si l’eau disparaît des fontaines
C’est la faute au remembrement si plus rien n’arrête le vent
Mais gare à vous, gens de Paris, car toute gloire est éphémère
Et le pouvoir ne dure guère, les gens d’ici l’ont bien compris
Et alors à l’abri du vent, le Perch’, les Percherons en liesse
Connaitront l’éternell’ jeunesse, et vivrons mille et mille printemps
C’est la faute au gouvernement si l’eau disparaît des fontaines
C’est la faute au gouvernement si plus rien n’arrête le vent
Le dernier jour, ou bien l’avant-dernier jour, enfin le jeudi après-midi, quoi, on se parle. On essaie de syn-thé-ti-ser. On est des synthétiseurs qui synthétisons à partir des nuages.
Les nuages ont été fabriqués par David Gé Bartoli (je précise ici que le Gé de David Gé Bartoli veut dire terre) et Patrick Degeorges (et non pas Patrick Transformatrices) à partir de nos questions du premier jour.
Problématiser, ça veut dire “regarder depuis un promontoire”. Vous visualisez? Les deux hommes, donc, David, Patrick, leurs corps, montant sur un promontoire, regardant un océan de questions pour en faire des nuages.
Le poële nous chauffe. Il faut régulièrement rajouter une bûche. Nous avons des coussins, des couvertures, des tapis, du café, du thé, des carnets, des micros, des appareils photos, et nos paroles.
Le chat entre. Il fait le tour des participant.e.s. Il aime visiblement se faire caresser.
i n s t i t u t i o n
Dans ce cas, on se dit : on ne peut pas faire autrement que faire institution.
Cette institution, on veut qu’elle nous permette un double désapprentissage, désapprendre nos places d’enseignant.e.s, désapprendre nos places d’étudiant.e.s.
Prendre la parole est une sorte de risque. On voudrait que notre institution trouve des mots qui nous soient communs.
Comment prendre soin de la parole?
Comment prendre soin du silence ?
Par quelle face humaine parle le silence?
Est-ce que notre institution a besoin de thérapeutes? Des médiateurices?
Comment faire pour que notre institution prenne soin de nos besoins?
Et puis nous voulons que cette institution ait de la souplesse. Qu’elle nous donne le choix d’être là, ou de partir, d’entrer ou sortir, de participer ou de s’éclipser.
Notre institution veut des lieux multiples. Des meubles et des espaces multiples pour nos corps multiples et nos pensées mutliples.
Et le conflit alors ? Comment on le traverse pour aller plus loin ?
f a i r e c o m m u n s
Comment est-ce qu’on fait commun ? On veut repartir de nos besoins : avoir plus d’initiatives collectives, plus de liens avec le vivant et avec le dehors, plus d’expérimentations pédagogiques.
Comment?
Est-ce qu’on peut faire ça sans chartres?, heu, non, chartres c’est une prison, est-ce qu’on peut faire ça sans charte?
On a regardé la définition de charte: ensemble de lois rédigé par un souverain.
Comment, alors, faire une réelle autogestion? De qui on dépend ? Cette question, elle est grave importante. on dépend de plein de trucs, l’école, les profs, l’état. Mais si on dépend plus de ça, comment on fait commun ? C’est quoi nos valeurs communes ?
On cherche un cadre souple.
Comment faire une charte école sauvage qui échappe à la charte de l’école eesab?
Et puis : COMMENT FAIRE COMMUN AVEC LES AUTRES QU’HUMAINS?
Romane nous montre une image du Botrylle étoilé : un organisme multi-êtres qui pourrait nous enseigner à rester ouvert.e.s au fait qu’il y a des individus, des touts, des micro-groupes.
v i v a n t
On pense au fonctionnement des arbres, qui ont des liens entre eux. Comment se laisser être influencé.e.s par le milieu, comment se laisser être enseigné.e.s?
La question de ce nuage qui nous a fait vibrer le plus est celle-là: “comment apprendre à ressentir le vent?”
Pas pour forcément imiter, mais est-ce qu’il y a des formes qui nous indiquent une sorte de chemin, pour commencer?
On a pensé à la place de la nature dans les villes. La nature c’est la Terre, peu importe l’industrie, l’urbanisation, la nature existera toujours. Avec Anna Tsing, on sait qu’il y aura toujours un terrain d’expérience pour l’école sauvage.
Mais, quels corps constituent l’école sauvage? Et l’âne, est-ce qu’il a quelque chose à nous apprendre? Et puis quelle est notre légitimité à le faire travailler?
On voudrait dans tous les cas que cette école sauvage soit équitable pour le milieu, faire quelque chose de cyclique, redistribuer autant d’énergie que celle qu’on prend.
Et puis au fait, c’est quoi le non-vivant? Peut-être que tout est vivant?
m é t a b o l i s m e
On a réfléchi: le vivant est pris dans une ou des relations. Les murs ont une mémoire-organe qui traverse l’enveloppe.
Le lieu se déplace avec les gens.
Mais: est-ce que le lieu nous transforme? Est-ce qu’on transforme le lieu? Qu’est-ce qui est nourri, et qu’est-ce qu’on peut nourrir?
Des grands métabolismes et des petits métabolismes.
On cherche une façon de se mettre au service du métabolisme du lieu, pour contrecarrer la “rupture métabolique” propre à notre société qui ne rend pas au milieu ce qu’on lui prend.
On pourrait chercher à s’inscrire dans une société d’abondance, quoi.
p a r t i c i p a n t . e s
Comment sortir de l’école d’art que les gens perçoivent souvent comme élitiste et renfermée ? Comment réussir à rallier différentes personnes autour d’un même sujet ?
Marina nous propose : on peut s’inscrire dans une thématique, comme l’eau, les loups…
Et puis: est-ce que l’école sauvage peut être urbaine ? Puisqu’on vit dans les villes.
Et puis: est-ce qu’on peut participer à l’école sans le savoir ? On a, dans notre panier, tout un archipel d’auteurices.
On a pensé au terme POROSITÉ. Comme un pot, qui propose une limite entre le dedans et le dehors, tout en gardant une circulation entre ce dedans et ce dehors.
Anne se demande : si je dois aller à un cours donné par un arbre, u par un élément, comme la tempête, la lumière, l’eau, comment est-ce que je fais ?
Comment, en fait, retrouver le besoin d’art dans la société, plutôt que de fabriquer des objets qui seraient des oeuvres ?
faire art, faire société, quoi.
Mes notes, vous ne m’en voudrez pas, sont de moins en moins complètes au fil de ma prise de note le long de cet après-midi qui cherche à fabriquer des petites musiques communes. Les êtres s’allongent, se réchauffent ou se refroidissent, certain.e.s continuent de poser, de se poser, des questions avec leurs voix humaines. D’autres entrent dans des gestes d’enroulement, d’étirement, de tension, de proximité, de façonnage, de lumière et d’ombre. Dehors, le soleil laisse la place à la pluie.
Sidonie demande : et si on sortait?
On est parties avec Anne et Karine pour marcher dans les bois. On est allées voir le gros chêne de la forêt, et on a aussi rencontré des châtaignes, de la boue et des feuilles, des idées et des sons, du temps.
Quand on est artiste
On est spécialiste
de rien
On est professionnel.le
de la curiosité
Attendons-nous ?
Attentons-nous ?
Attentons
Ah ! Tentons !
Ah ! Tentons !
Le remembrement chanté par le groupe Tradart en 1982
Il est 10 heures réveillez vous appris à la Truie et sa portée à Lorient
Rose rose rose rose, version de Winnie
EtourneauX sansonnetS, RougegorgeS famillier, OriteS à longue queue, PinsonS des arbres, Mésange bleue, MerleS noir.e, AccenteurS mouchet, Moineau domestique
RougegorgeS familier.e, PinsonS des Arbres, Pouillot véloce, TroglodyteS mignon.ne, RoiteletS à triple bandeau, CorneilS noir.e, RoiteletS huppé.e, Sitelle torchepot, Grimpereau des jardins, TroglodyteS mignon.ne, Alouette lulu, ChoucasS des tours, MésangeS bleue, MesangeS chardonnière.
Nei Gong (la bille qui part du périnée et remonte au Thymus), BodyMind Centering, travail du bois, travail de la terre, travail de la laine, maraîchage, paillage, cuisine, chants, musique, écriture, dessin…
Les Outils qu’on a rencontré à Kerminy et ces gestes qu’on a partagé avec elleux : hache forestière, cognée, passe partout, masse, merlin, serpe, houe, râteau, grelinette, croc?
La Condition Terrestre Sophie Gosselin, David gé Bartoli
Un appartement sur Uranus Paul B. Preciado
L’art et l’artisanat William Morris De
Les Haies, réponses artistiques Joël Auxenfans
Apprendre à voir, le point de vue du vivant Estelle Zhong Mengual
Manières d’être vivant, enquêtes sur la vie à travers nous Baptiste Morizot
Les Lichennes Marine Forestier
Je reconnais les arbres, 75 arbres communs à identifier facilement Victor Coutard
Ce que sait la main, la culture de l’artisanat Richard Sennet
Respiration des plantes Jean-Henri Fabre
Le petit guide des plantes sauvages comestibles, 70 espèces à découvrir Morgane Peyrot
Art, bien-être et richesse William Morris
Le toucher du monde - techniques du naturer David gé Bartoli, Sophie Gosselin
Légendes rustiques George Sand
Alltar III Livjy Bereh
Bannkörbe Aladin Borioli, Bas Blaasse
Champs de Bataille, L’histoire enfouie du remembrement Inès Léraud, Pierre Van Hove
Les Trognes, l’arbre paysan aux mille usages Dominique Mansion
Des arbres pour le futur Yves Darricau
Art is Magic Jeremy Deller
Les noeuds marins Franck Ripault
L’arbre et la haie, mémoire et avenir du bocage Philippe Bardel, Jean-Luc Maillard et Gilles Pichard
Ven, éduquer (au) dehors La revue des Ceméa
L’art des fleurs au Japon Donald Richie
Danser en faucille, des acanthes au bournais Eugénie Chat
éditer archiver La fabrique d’usages numérique
Redéconnecte : festival des arts hybrides et de la créativité numérique Catherine Lenoble
La fabrique des liants Catherine Lenoble
Anna K Catherine Lenoble, Open source publishing
Gusano Malo Legrand
Jeu et théorie du Duende Garcia Lorca
Eloge de l’Ombre Junichirô Tanizaki
L’arachnéen et autres textes Fernand Deligny
Gaïagraphie : carnet d’exploration de la zone critique Alexandra Arènes
Ce geste éditorial est le fruit d’une communauté de savoirs réunie à Kerminy, Rosporden, du 20 au 24 octobre 2025.
Cette publication a été réalisée collectivement avec des Pads HedgeDoc, un outil-compagnon en web to print développé par Sarah Garcin et facilité par Catherine Lenoble.
Licence CC4r* : Conditions collectives de réutilisation
Avec Merlin, Yaëlle, Rebecca, la houe, Marie, Adèle, les châtaignes, Romane, Raphaële, Anna, la grelinette, Sidonie, le chat roux, Rosalie, Mathilde, Christelle, le passe-partout, Noah, Anne, H, le maïs sud-américain, Camille, la meule de foin, Winnie, Anne, Karine, Mérovée, Malo, le lavoir, Dom, Marina, Nina, Simon, un couteau à foin pas très aiguisé, Capris, Riley, thuya doré, l’orage, le kiwano, les poêles, Catherine, David, Patrick, Guénaële, les moutons, Benoît, le feu, le vent.
L’École sauvage entend explorer les potentialités d’une pédagogie artistique ancrée dans le monde vivant. Sur un cycle de trois ans, une équipe d’enseignant·es et d’étudiant·es venu·es de Brest, de Lorient, de Quimper et de Rennes s’installent épisodiquement à la ferme artistique et maraîchère de Kerminy, pour expérimenter des formes d’apprentissage qui prennent en compte le corps, la sensibilité, les gestes, le temps, l’espace en lien direct avec le milieu environnant. Ce geste éditorial collectif vient a-ccueillir cette pensée en mouvement.