Computer Grrrls

« Les femmes ont historiquement travaillé avec des machines, qu’elles soient dactylos, télégraphistes, opératrices de téléphonie, mécanographes, programmeuses. Elles ont souvent constitué une avant-garde temporaire dans le développement de technologies novatrices, avant d’être remplacées par les machines qui ont pris leur nom. Le terme “computer”, bien avant qu’il ne désigne l’ordinateur, qualifiait la personne, souvent une femme, qui faisait les calculs à la main.
Aux débuts de l’informatique, elles étaient très présentes, tant dans le domaine des cartes perforées que dans les départements scientifiques. Mais leur présence s’amenuise considérablement dès le milieu des années 1980, un phénomène sans précédent dans l’histoire d’une profession.
Dans les années 1990, les cyberféministes ont appelé les femmes à réinvestir le champ des technologies à l’heure d’internet. Aujourd’hui, les initiatives se multiplient pour remédier à ce déséquilibre. »

1740

La femme de chambre mécanique

Cette image satirique représente Moll Handy, une femme de chambre mécanique, dont le corps est un assemblage d’ustensiles domestiques : bols, bassine, chaudron, torchons, assiettes, dés à coudre…

CC BY-NC-SA 4.0 / British Museum / George Bickham the Younger, in Bowles and Carver’s Caricatures, 1740-1749 (c.)

1750

La savante calculatrice

Nicole-Reine Lepaute (1723-1788), qualifiée de « savante calculatrice » par le mathématicien français Alexis-Claude Clairaut, s’illustre aux côtés de l’astronome Jérôme Lalande par des calculs astronomiques fastidieux et complexes, notamment ceux sur les perturbations de l’orbite de la comète de Halley.

Public Domain

1801

Le métier à tisser

Le métier Jacquard, métier à tisser mis au point par le Lyonnais Joseph-Marie Jacquard, est le premier système mécanique programmable avec cartes perforées.

1817

Olympia

Dans « L’Homme au sable », nouvelle fantastique parue dans le recueil des Contes nocturnes d’E.T.A. Hoffmann, l’étudiant Nathanaël tombe amoureux d’Olympia, qui se révèle être un automate.

1818

Frankenstein

Frankenstein ou le Prométhée moderne met en scène un monstre créé par un savant fou à partir de morceaux de cadavres, animé par une décharge électrique. Son autrice, l’Anglaise Mary Shelley, est la première à aborder à travers ce mythe l’une des grandes thématiques de la science-fiction moderne – alerter sur les dérives de la science.

1834

Silver Lady et la machine à différences

Silver Lady est le nom d’un automate, une gracieuse danseuse ayant appartenu à Charles Babbage (1791-1871). L’inventeur britannique la présentait à côté d’un prototype inachevé de sa machine à différences, ancêtre des ordinateurs, afin de confronter les charmes faciles de l’automate à l’exigence des défis posés par sa machine à calculer.

1840

Le pianotype

Machine à composer, le pianotype de Young et Delcambre est actionné par des femmes dans les documents de promotion. Les ouvriers typographes perçoivent cette innovation comme une menace et se mobilisent contre son développement.

Advertisement for the Young and Delcambre’s Pianotype, c. 1850

1843

L’enchanteresse des nombres

La comtesse Ada Lovelace, pionnière de la programmation informatique,
publie une traduction de l’article que l’ingénieur italien Luigi Menabrea consacre à la machine analytique de Charles Babbage qu’elle augmente de nombreuses notes. Celle que Babbage surnommait « l’enchanteresse des nombres » décrit en particulier comment la machine pourrait être utilisée pour manipuler des nombres mais aussi des lettres et des symboles. Visionnaire, elle perçoit l’universalité potentielle d’une telle machine. Pour Lovelace, la machine analytique pouvait être programmée pour suivre des instructions mais aussi pour créer, elle « tisse des motifs algébriques comme le métier de Jacquard tisse des fleurs et des feuilles.»

© Suzanne Treister - Hexen 2.0

1843

Le télégraphe

La première ligne télégraphique relie Baltimore et Washington DC aux États-Unis. Le premier câble transatlantique est inauguré en 1867.

1850

Telegraph Girls

En forte croissance, la télégraphie électrique a un besoin soudain de main-d’œuvre. Ce secteur naissant, et initialement non genré, fut l’un des premiers liés aux technologies de communication à s’ouvrir aux femmes, malgré les réticences d’une partie des télégraphistes hommes. Le travail du télégraphiste, tout comme celui d’un programmeur informatique, consistait à traduire des instructions en langage courant dans des codes lisibles par les machines.

THE TELEGRAPH GIRL
There’s a very nice school of girls
in town, who work the telegraph.
They are very particular in their way and all day sing and laugh,
For they sit in front of a strange machine, with a handle in each hand,
These pretty little dears send twenty words, for sixpence, round the land.
With a…
Chorus: Tap, tap, tap and a click, click, click,
All day they sing and laugh.
With a tap, tap, tap and a click, click, click,
As they work the telegraph.

Source : The Telegraph Girl (George Leybourne, 1860s).

© Getty Images, collection & photo: Bettmann (515448940)

1873

La machine à écrire

Remington, jusque-là producteur d’armes, de matériel agricole et de machines à coudre, produit en série et commercialise sous le nom de The Typewriter la machine à écrire de C. L. Sholes. La machine à écrire a transformé le métier de secrétaire, exclusivement occupé par des hommes, en un métier presque exclusivement exercé par des femmes.
Assimilée à une machine à coudre (Remington utilisait le même châssis), la machine à écrire était supposée se pratiquer comme le piano.

« La machine à écrire est spécialement adaptée pour les doigts des femmes. Elles semblent faites pour taper à la machine. L’activité ne demande pas plus de travail ni de dextérité que de jouer du piano. »

John Harrison, Manual of the Typewriter (1888)
Public Domain, Remington by Leonetto Cappiello circa 1910

1875

Harem de Pickering

Avant qu’il ne désigne un ordinateur, le terme « computer » décrivait une personne faisant des calculs à la main, une profession souvent exercée par des femmes.
L’Observatoire de Harvard recourt aux femmes calculatrices dès 1875, mais c’est sous la direction d’Edward Charles Pickering qu’elles sont recrutées systématiquement pour traiter les données astronomiques et analyser les plaques photographiques, d’où l’appelation de « Harem de Pickering ». Ces femmes présentaient l’intérêt de travailler pour un salaire deux fois moindre que celui des hommes.
Plusieurs « computers » sont devenues des astronomes célèbres à leur époque, notamment Williamina Fleming, Annie Jump Cannon, Antonia Maury, Henrietta Swan Leavitt et Cecilia Payne-Gaposchkin.

© Harvard University Archives Center for Astrophysics / Harvard & Smithsonian

1876

le téléphone

Invention du téléphone par Alexander Graham Bell.

1878

« What number, please? »

Alexander Graham Bell propose de remplacer les adolescents insolents (qui furent les premiers opérateurs du téléphone) par des jeunes femmes, censées être polies par nature. Il engage une femme appelée Emma Nutt à la Boston Telephone Dispatch Company. Patiente et perspicace, elle devient le modèle que toutes les compagnies téléphoniques ont cherché à reproduire.

Public domain / Emma and Sheila Nutt operating the exchange at Boston, Massachusetts in 1878.

1879

-… — .-.. -.

Wired Love, A Romance of Dots and Dashes est un roman signé par l’ancienne opératrice de télégraphie Ella Cheever Thayer.
A la fin du XIXe siècle émerge un sous-genre, la techno-romance, dont les télégraphistes ou les dactylos sont les héroïnes érotisées.

1886

l'eve future

Dans L’Eve future d’Auguste de Villiers de l’Isle-Adam, l’ingénieur Edison crée un double artificiel appelé Hadaly pour pallier les défauts d’une femme réelle, belle mais sotte.

1890

cartes perforées

L’ingénieur américain Herman Hollerith imagine le premier système de tabulation électrique destiné à l’analyse des données statistiques portées sur des cartes perforées. Cette invention utilisée pour le recensement américain a permis d’en accélérer considérablement le dépouillement. Au Census Bureau (le bureau du recensement des Etats-Unis), les premières à employer ces machines sont des femmes.

© Scientific American Volume 63 Number 09 (August 1890)

1890

Les dactylos

« Ce tableau ne distingue malheureusement pas la sténographie manuscrite et l’écriture dactylographiée de la Remington. Il montre néanmoins clairement que l’explosion statistique débute en 1881 avec le succès des ventes de la Remington II. Mais le nombre des hommes rechute immédiatement selon une courbe en cloche alors que la croissance du nombre de dactylographes femmes a presque l’élégance d’une fonction exponentielle. Il serait en conséquence possible de prédire, à la limite en l’infini, en quelle année la dactylographe et la femme devraient coïncider. »

Friedrich Kittler, Grammophon, Film, Typewriter, (Les Presses du réel, 2018)
Friedrich Kittler (1943-2011) est un historien de la littérature et il est considéré comme le père fondateur des « media studies » allemandes.
Le livre a paru en 1986.

1892

les dames de la carte du ciel

L’Observatoire de Paris (suivi de celui de Toulouse) se dote d’un Bureau des dames. Il est placé sous la direction de Dorothea Klumpke, première femme à avoir obtenu un doctorat en astronomie. Ces femmes calculatrices sont chargées d’examiner les plaques photographiques et de faire les fastidieuses mesures de position des étoiles, dans le cadre de l’ambitieux projet international de la Carte du ciel initié en 1887.

© Bibliothèque de l’Observatoire de Paris

1893

hello girls

A la fin des années 1880, le métier d’opérateur de téléphonie est devenu presque exclusivement féminin. Les femmes ne sont pas seulement recherchées pour leur courtoisie et leur voix agréable, mais aussi parce qu’elles touchent la moitié, voire le quart du salaire d’un homme.

CC BY-SA 3.0 / in „De Electriciteit» de P. van Capelle, 1893

1901

amelia

The Lady Automaton de E. E. Kellett (1864-1950) raconte l’histoire d’un homme qui crée une femme artificielle. L’automate Amelia correspond à l’idée que les hommes se font de la parfaite lady edwardienne : une élégante qui se comporte bien et ne dit rien de provocant.

1903

connecté

Près de 640 000 miles de câbles sous-marins traversent les océans du monde. La seule connexion nord-atlantique traite environ 10 000 messages par jour. En 1900, le monde est devenu un endroit connecté.

1907

les demoiselles du téléphone

« Les Vierges Vigilantes dont nous entendons chaque jour la voix sans jamais connaître le visage, et qui sont nos anges gardiens dans les ténèbres vertigineuses dont elles surveillent jalousement les portes ; les Toutes-puissantes par qui les absents surgissent à notre côté, sans qu’il soit permis de les apercevoir ; les Danaïdes de l’invisible qui sans cesse vident, remplissent, se transmettent les urnes des sons ; les ironiques Furies qui, au moment que nous murmurions une confidence à une amie, avec l’espoir que personne ne nous entendait, nous crie cruellement : « J’écoute » ; les servantes toujours irritées du Mystère, les ombrageuses prêtresses de l’invisible, les Demoiselles du téléphone !»

Marcel Proust consacre un passage important d’un article du Figaro du 20 mars 1907 aux « Demoiselles du téléphone » qu’il reprend dans Le Côté de Guermantes.

© Age Fotostock / Women Operators at the Bureau Central de l’Opera Telephone Exchange, from ‘Le Petit Journal’, 17th April 1904

1910

la voix qui sourit

Le slogan « The Voice with a Smile », la voix qui sourit, métonymie pour décrire les opératrices de téléphonie, est inventé par Theodore Vail, président de la compagnie de téléphonie America Telephone & Telegraph (AT&T).

© Bell Telephone system

1914

la guerre des calculatrices

La Première Guerre mondiale requiert un grand nombre de calculateurs humains pour produire les tables de navigation ou d’artillerie. Les hommes étant au front, une grande partie de ces
« computers » étaient des femmes.

1919

keypunch girls

Au début du XXe siècle, l’administration et les grandes entreprises vont adopter rapidement le traitement mécanographique des données de tous ordres : tenue de comptes bancaires, gestion des clients, des assurances, édition des paies ou des stocks, gestion des trains.
Les femmes sont devenues les premières travailleuses dans l’industrie des cartes perforées. Le plus souvent affectées à la saisie des données, elles utilisent un clavier pour perforer les données sur des cartes.
Le terme « opérateur de machines à cartes perforées » désigne des personnes, plus souvent des hommes, qui contrôlent d’autres machines qui traitent les données déjà perforées sur les cartes, comme les trieuses, interclasseuses, tabulatrices…

Public domain / Census worker with Hollerith pantograph punch (December 31, 1919)

1920

les mécanographes

Bureau de la Computing Tabulating Recording Company (CTR), ancêtre d’IBM, à Washington dans les années 1920. Les femmes saisissent des données statistiques sur des cartes perforées, quand d’autres les supervisent, debout derrière elles.

© Shorpy

1924

computing division

Dans les années 1920, les « human computers » commencent à être équipés de machines à additionner, comme celle de la société américaine Burroughs, première calculatrice mécanique à touches munie d’un système d’impression adapté aux besoins des activités bancaires et commerciales.

© Everett Collection

1927

maria

Dans le film Metropolis de Fritz Lang, le savant fou Rotwang crée le robot Maria, un « Maschinenmensch », un « être humain-machine », qui se retournera contre ses créateurs pour les dévorer.
Selon le critique Andreas Huyssen, Maria est l’expression de la peur des hommes à la fois envers les femmes et les machines au début du XXe siècle, les deux menaçant le système patriarcal.

© UFA

1929

le chœur des calculatrices

L’Observatoire de Harvard dispose d’un document insolite qui retrace le quotidien de son équipe de calculatrices. Ecrite en 1879 et intitulée The Observatory Pinafore, la pièce est une parodie d’un opéra-comique à succès (H.M.S Pinafore).
Elle est jouée pour la première fois en 1929.

« We work from morn till night 
For computing is our duty 
We’re faithful and polite 
And our record book’s 
        [a beauty 
With Crelle and Gauss,  
        [Chauvenet and Peirce 
We labor hard all day; 
We add, substract, multiply 
        [and divide, 
and we never have time 
        [to play. »
© Charles Reynes

1938

les tables de gertrude blanch

La mathématicienne Gertrude Blanch dirige l’un des plus vastes et sophistiqués groupes de
« human computers » au sein du Mathematical Tables Project à New York, et organise les calculs de près de 450 personnes pour élaborer des tables de fonctions mathématiques supérieures. En 1942, l’essentiel du personnel est orienté vers l’effort de guerre. Gertrude Blanch supervise les calculs pour l’armée, la marine, ainsi que divers autres projets militaires.

Public Domain

1941

extase et wi-fi

A 18 ans, Hedy Lamarr, actrice d’origine autrichienne, fait scandale avec Extase (1933) et sa scène d’orgasme, une première. Archétype de la beauté fatale hollywoodienne, elle dépose en juin 1941, avec le compositeur d’avant-garde George Antheil, un brevet d’une technique de sécurisation de télécommunication sans fil, le saut de fréquence, qui permet de radiocommander des torpilles sans qu’elles soient détectées. Cette invention en avance sur son temps est encore utilisée aujourd’hui par les militaires mais aussi pour le Wi-Fi et le Bluetooth. Son histoire fait l’objet d’un documentaire, From Extase to Wi-Fi (2018).

© Everett

1941

premier ordinateur

Z3 est un calculateur électromécanique conçu par l’ingénieur allemand Konrad Zuse. Première machine programmable pleinement automatique, elle est considérée comme le premier ordinateur.

1942

Bletchley girls

Bletchley Park est le principal site de décryptage durant la Seconde Guerre mondiale, célèbre pour ses cryptanalystes (dont le mathématicien Alan Turing, père de l’ordinateur moderne) qui ont réussi à briser les premiers les codes de la machine allemande Enigma. Plus de 10 000 personnes y travaillent alors, dont plus des deux tiers sont des femmes. Elles sont chargées de faire fonctionner les machines et les appareils utilisés dans le processus de décryptage, notamment les téléscripteurs, les machines d’encodage, le matériel à cartes perforées de Hollerith, les énormes machines de cryptanalyse de Bombe et les précurseurs de l’ordinateur moderne Colossus.

© The National Archives — UK / A Colossus Mark 2 computer being operated by Dorothy Du Boisson (left) and Elsie Booker (right).

1942

quand les "computers" portaient des jupes

Lors de la Seconde Guerre mondiale, la demande en calcul explose. Avec les hommes au front, la pénurie de main-d’œuvre se fait grandement ressentir. La part des « computers » femmes augmente notamment dans le champ de la recherche aéronautique puis spatiale. Au centre de recherche de Langley, l’un des principaux de la NACA (ancêtre de la NASA), elles effectuent les calculs pour les tests de vols et pour le programme spatial débutant. Langley commence également à recruter dans les années 1940, en pleine ségrégation, des femmes africaines américaines.

© NASA / JPL-Caltech / Jet Propulsion Laboratory’s human computers in 1953»

1942

Section des cartes perforées au Bureau de la finance, département de la guerre, Washington DC.
Environ une soixantaine de femmes, encadrées par des superviseurs blancs, opèrent sur des cartes perforées.

© Early Office Museum Archives / www.officemuseum.com

1944

Le cyborg Deirdre

No Woman Born, roman de l’écrivaine de science-fiction C.L. Moore, voit la première apparition d’un cyborg. Deirdre, une danseuse, meurt dans un incendie. Un scientifique réussit à la sauver et à préserver son cerveau qu’il connecte à un corps en or.

© 2018 Penguin Random House

1944

kilogirl

« Sometime in 1944, computers became ‘girls’ »

David A. Grier, When Computers were human, 276 p. (Princeton University Press, 2007)

George Stibitz, chercheur à Bell Labs, l’un des pères du premier ordinateur numérique, commence à classer ses projets de calculs en « girl-years of effort ». L’un des membres du Applied Mathematical Project aurait même défini l’unité kilogirl, qui correspond vraisemblablement à un millier d’heures de calculs fait par une femme.

1945

eniac girls

Si concevoir le hardware était réservé aux hommes, le travail consistant à opérer et à programmer un ordinateur n’existait pas avant la guerre et n’était donc pas encore genré.
Ce sont parmi les meilleures « human computers » de l’armée qu’ont été recrutées six d’entre elles pour faire fonctionner l’Eniac, le premier ordinateur entièrement électronique et programmable construit à l’université de Pennsylvanie. Parachevé en novembre 1945, il faisait 25 mètres et pesait 30 tonnes.
Connues sous le nom d’« Eniac Girls », Kathleen McNulty, Frances Bilas, Betty Jean Jennings, Elizabeth Snyder Holberton, Ruth Lichterman et Marlyn Wescoff sont aujourd’hui considérées comme les premières programmeuses. Mais dans les années 1940, on les appelait simplement des codeuses.
L’historien David A. Grier a noté que le terme programmeur a été délibérément introduit à la fin des années 1940 pour évoquer le nouveau domaine glamour de l’ingénierie électronique et pour distancier l’informatique du calcul à la main, féminisé et au faible statut.

© Getty Images, collection: Corbis Historical (615303458)

1946

Lorsque l’Eniac a été dévoilé à la presse et au public, les femmes sont demeurées dans l’ombre. Elles ont même été sorties du cadre pour une campagne de recrutement de l’armée américaine en 1946.

© Getty Images, collection: Hulton Archive, photo: Apic/RETIRED (89858046)

1947

Division du travail et calcul à la chaîne : quinze femmes à l’œuvre assistées d’un comptomètre, calculatrice mécanique surnommée « la mitrailleuse de bureau », tandis qu’un homme (debout) les supervise.

© Early Office Museum Archives / Felt & Tarrant Mfg. Co., Chicago, 1947

1948

Wiring an early IBM computer

Une femme en train de câbler un des premiers ordinateurs IBM, par la photographe Berenice Abbott.

© Berenice Abbott Source : Berenice Abbott, Documenting Science (Steidl Verlag)

1950

le jeu de l'imitation

« Les machines peuvent-elles penser ? », interroge le mathématicien Alan Turing dans son article Computing Machinery and Intelligence. Pour les besoins de sa démonstration, il propose un test inspiré par « le jeu de l’imitation », dans lequel un homme et une femme vont dans des pièces séparées et communiquent par l’intermédiaire d’une messagerie quelconque avec un interrogateur. Ce dernier doit poser des questions aux deux joueurs afin de déterminer lequel est la femme, sachant que l’homme va tenter de se faire passer pour une femme. La question posée par Turing est la suivante : « Si on remplace l’homme par un ordinateur, peut-il simuler la féminité au point de tromper l’interrogateur aussi bien qu’un homme ? Si tel est le cas, on peut dire que l’ordinateur est intelligent.»

1952

amazing grace

Grace Hopper (1906-1992) écrit le premier compilateur. Informaticienne et officier de la marine américaine, elle programme le calculateur Harvard Mark 1 avant de travailler sur l’Univac I (acronyme pour UNIVersal Automatic Computer I), le premier ordinateur commercial réalisé aux Etats-Unis.
Elle est parmi les premières à défendre l’idée d’un langage de programmation qui serait indépendant des machines et capable d’être exprimé non avec des symboles mais à l’aide d’un langage proche de l’anglais. Les langages de programmation de haut niveau étaient nés. En 1959, elle pose les bases du langage Cobol (acronyme pour COmmon Business Oriented Language). Grace Hopper est connue pour avoir rendu populaire la notion de « bug ».

CC BY 2.0 / Smithsonian Institution Neg. 83-14878

1955

alice recoque

L’ingénieure Alice Recoque, ici aux commandes du CAB 2022, a designé avec Françoise Becquet l’un des premiers mini-ordinateurs français : le CAB500, en 1959.
Elle dirigera ensuite le développement de plusieurs mini-ordinateurs et deviendra l’une des principales spécialistes françaises en architecture d’ordinateurs.

© Photo FH Raymond, coll. Pierre Mounier-Kuhn

1955

l'ordinatrice

IBM France sollicite le philologue Jacques Perret afin de proposer un mot caractérisant le mieux possible ce que l’on appelait un calculateur, traduction littérale du mot anglais « computer ». Ce dernier propose « ordinateur » et suggère de le féminiser afin de le détacher de toute connotation religieuse.
« Ordinatrice serait parfaitement possible et aurait même l’avantage de séparer plus encore votre machine du vocabulaire de la théologie. (…)
Il me semble que je pencherais pour ordinatrice électronique.» IBM retient le terme « ordinateur* » : la machine qui, à l’instar de Dieu, met de l’ordre dans le monde.
Voir la lettre de Jacques Perret

1957

le cerveau électronique

Dans le film Desk Set, un ordinateur fictionnel, l’Emerac, est introduit dans l’unité de recherche d’une chaîne de télévision pour assister l’équipe, exclusivement composée de femmes, dirigée par Bunny Watson (Katharine Hepburn). Mais ces dernières, qui sentent leurs emplois menacés par ce cerveau électronique, vont s’employer à démontrer qu’un ordinateur ne peut les remplacer. La comédie romantique est sponsorisée par IBM.

© Twentieth Century Fox Film Corporation

1957

la demoiselle nostalgique

Au Royaume-Uni, à mesure que la technologie informatique s’améliore et devient plus facile à utiliser, la main-d’œuvre féminine est progressivement mise au ban. Vue depuis la perspective nostalgique de la « Yearning Miss » du dessin, ce changement fut arbitraire, soudain et malheureux. Ce n’était pas une évolution naturelle, mais un changement rapide durant lequel les hommes se sont introduits dans des emplois jusqu’alors féminisés.

Source : Marie Hicks, Programmed Inequality, How Britain Discarded Women Technologists and Lost Its Edge in Computing, The MIT Press, 2017

© British Tabulating Machine Company / This cartoon appeared in the magazine Tabacus in May 1957

1959

dina st johnston

Dina St Johnston, programmeuse britannique, fonde la première entreprise de logiciels au Royaume-Uni.

© The National Museum of Computing

1961

marion créhange

Première thèse en « informatique » en France (le terme n’est inventé qu’en 1962 et remplace progressivement celui de mécanographie au cours des années 1960) soutenue par Marion Créhange à la faculté des sciences de Nancy.

1962

freelance programmers

Stephanie « Steve » Shirley crée son entreprise de Freelance Programmers. Elle embauche en priorité des femmes et leur fournit un environnement de travail compatible avec la vie de famille, avec heures flexibles et possibilité de travailler depuis son domicile. Elle prend le pseudo Steve lorsqu’elle réalise que son prénom la défavorise dans un milieu technologique dominé par les hommes.

1962

rocket girls

Katherine Johnson (photo), Dorothy Vaughan et Mary Jackson, trois mathématiciennes africaines américaines employées par la NASA, ont contribué à calculer les trajectoires qui ont mis sur orbite le premier astronaute américain, John Glenn. Leur histoire fait l’objet d’un film en 2016, Les Figures de l’ombre.

© NASA / Katherine Johnson

1964

miss computer

« La nuit où j’ai remporté le concours Miss USA, les journalistes m’interrogeaient sur mes ambitions professionnelles. J’imagine qu’ils pensaient que j’allais dire quelque chose comme devenir mannequin ou actrice, mais j’ai dit la première chose qui m’est venue à l’esprit : que je voulais être programmeuse informatique. »

Bobbi Johnson, dans Your Career in Computer Programming par I.J. Seligsohn (1967)
Bobbi Johnson fut embauchée comme programmeuse à General Electric.
© General Electric Company

1965

sœur computer

Sœur Mary Kenneth Keller (1913-1985) commence par intégrer un ordre catholique avant d’étudier les mathématiques, puis les sciences de l’informatique à l’université. En 1965, elle obtient le premier PHD en informatique aux Etats-Unis. Elle participa à la création du langage de programmation BASIC.

© Clarke University

1965

marie mathématique

Imaginée et dessinée par Jean-Claude Forest, Marie Mathématique est la première héroïne TV de science-fiction en France. Mis en musique et chantés par Serge Gainsbourg, les textes d’André Ruellan narrent les aventures sidérales de la petite sœur de Barbarella.

1965

la femme qui a envoyé les hommes sur la lune

Margaret Hamilton, née le 17 août 1936, est une informaticienne et mathématicienne américaine. En 1965, elle devient directrice du département génie logiciel du MIT Instrumentation Laboratory qui conçut le système embarqué du programme spatial Apollo. Elle pose ici en 1969 devant le code du logiciel de navigation qu’elle a écrit avec son équipe pour permettre l’alunissage.

Public Domain / Margaret Hamilton, lead software engineer of the Apollo Project, stands next to the code she wrote by hand that was used to take humanity to the moon.

1966

lieutenant uhura

Lt Uhura Nyota rejoint le Star Trek Crew, à bord de L’Enterprise. C’est la première Africaine-Américaine à obtenir un rôle important dans une série télévisée américaine. Uhura était responsable des communications à bord du vaisseau. Il n’était pas rare de la voir recâbler ou réparer ses propres consoles de communication pendant une crise.

© Paramount Pictures

1966

crise du software

Le magazine Business Week parle de « crise du software » : le secteur de l’informatique connaît une croissance fulgurante et la main-d’œuvre qualifiée est insuffisante.

1966

eliza, grand-mère des chatbots

Conçu par Joseph Weizenbaum, informaticien au MIT, ELIZA est le premier programme capable de mener une conversation en anglais. Il simulait la méthode conversationnelle d’une psychothérapeute passive qui se contente de relancer le « patient » en reformulant ses affirmations.

1966

© Datamation, Magazin Advertisment, 1966

1967

scum manifesto

« Vivre dans cette société, c’est au mieux y mourir d’ennui. Rien dans cette société ne concerne les femmes. Alors, à toutes celles qui ont un brin de civisme, le sens des responsabilités et celui de la rigolade, il ne reste qu’à renverser le gouvernement, en finir avec l’argent, instaurer l’automation à tous les niveaux et supprimer le sexe masculin. »

Valerie Solanas, SCUM Manifesto

1967

the computer girls

Le magazine féminin Cosmopolitan publie un long article intitulé « The Computer Girls », qui vante les opportunités des métiers de l’informatique à ses jeunes lectrices. La journaliste prétend que c’est un nouveau domaine favorable aux femmes. L’article cite la célèbre informaticienne Grace Hopper qui compare la programmation informatique à la préparation d’un dîner parce qu’elle mobilise des qualités comme la patience et la méticulosité, souvent associées aux femmes qui seraient « naturellement douées » pour la programmation informatique. Or, c’est précisément au moment où paraît l’article que la profession va progressivement se masculiniser.

© Cosmopolitan (1967) / Lois Mandel

1967

the computer boys

Tout au long des années 1960, l’évolution des professions informatiques met un frein à la participation des femmes. Activité de bas niveau, administrative et le plus souvent féminine, la programmation informatique est progressivement et délibérement transformée en une discipline de haut niveau, scientifique et masculine.

Pour attirer les hommes dans cette profession féminisée, il a fallu remodeler l’image de la programmation, en faire un art intellectuel et logique, accompli par des génies bricoleurs et antisociaux. Ce changement de perception était renforcé par une série de tests d’aptitude et de profils de personnalités qui suggéraient que les programmeurs, tout comme les joueurs d’échecs et les musiciens virtuoses étaient dotés d’une capacité créative unique. Au milieu des années 1960, la majorité des compagnies (80 %) utilisaient ces tests pour identifier leurs recrues.

Source : Nathan Ensmenger, The Computer Boys Take over (The MIT Press, 2010)

© IBM Advertisement (New York Times, 13 May 1956, 157).

1967

© Datamation, Magazin Advertisment, 1967

1967

art cybernétique

Cybernetic Serendipity : The Computer and the Arts a lieu à l’Institute of Contemporary Arts, à Londres, du 2 août au 20 octobre. Jasia Reichardt est la commissaire de cette première exposition majeure dédiée à l’art cybernétique, explorant les relations entre technologie et créativité, avec des robots, des machines générant de la poésie, de la musique et de la peinture.

1968

barbarella

Dans le film de Roger Vadim, Barbarella, le docteur Durand Durand tente de faire mourir l’héroïne de plaisir à l’aide d’une machine à orgasmes de son invention, l’Excessive Machine.

1968

vera molnar

Pionnière de l’art algorithmique, la peintre Vera Molnar se met, à partir de 1968, à intégrer un ordinateur et un traceur dans son processus.

1968

ingénieur logiciel

En tranchant pour le label « Software Engineering » et en omettant d’inviter les femmes informaticiennes comme Grace Hopper, les organisateurs de la conférence de Garmisch se distancient d’une époque où la programmation était considérée comme « un travail de femme ».

1968

« Qu’est-ce qui a seize jambes, huit langues bien pendues et qui coûte au moins 40 000 dollars par an ? » Cette publicité pour la technologie de scanner optique en est une parmi tant d’autres de l’époque qui vise à segmenter et automatiser le travail informatique, et plus spécifiquement à faire disparaître les postes occupés par des femmes.

© Datamation, Magazine Advertisement, 1968

1969

le cyborg helva

Dans Le vaisseau qui chantait d’Anne McCaffrey, la protagoniste du roman est une cyborg, Helva, à la fois être humain et astronef.

© Penguin Random House

1969

yoko tsuno

Yoko Tsuno est le personnage éponyme de la série de bande dessinée créée en 1969 par Roger Leloup. Jeune électronicienne japonaise, elle est parfois considérée comme une figure féministe d’informaticienne avant l’heure.

© Dupuis / Roger Leloup

1969

homme de l'année

Grace Hopper se voit remettre le premier « Man of the Year » Award en sciences informatiques par la Data Processing Management Association.

© Smithsonian - National Museum of American History, Grace Hopper & Cruft Research Lab colleagues with Mark I during World War II, (96-3277)

1969

jean sammet

Membre clé de l’équipe qui a conçu le langage Cobol, et conceptrice du Formac, Jean Sammet, informaticienne américaine, est l’autrice de Programming languages: History and Fundamentals, livre de référence sur les langages de programmation.

© Pearson PLC

1969

arpanet

Premier message envoyé sur Arpanet, réseau d’ordinateurs à transfert de paquets, ancêtre d’Internet.

1970

se passer de la femme entre l'homme et la machine

Cybersin est un projet chilien visant à créer une économie planifiée contrôlée par ordinateur en temps réel sous le gouvernement socialiste de Salvador Allende. Sa salle des opérations est dotée de fauteuils munis de gros boutons à la place du clavier, ainsi que d’un cendrier et d’un emplacement pour le verre à whisky. D’après son concepteur, le cybernéticien Stafford Beer, adopter un clavier « introduirait une fille entre eux et la machine… (alors) qu’il est vital que les occupants interagissent directement avec la machine et entre eux. »

© Gui Bonsiepe / Cybersyn Control Room

1971

Dans son livre, The Psychology of Computer Programming, Gerald Weinberg écrit que les programmeuses femmes sont incapables de diriger un groupe ou de superviser leurs collègues masculins.

© Charles Babbage Institute / Honeywell, Inc.

1971

la femme présentoir

D’une représentation presque exclusive de femmes actives aux commandes d’ordinateurs pendant les années 1950 et au début des années 1960, les femmes sont de plus en plus montrées dans une posture décorative, se tenant près des machines, puis dans la fonction de femmes présentoirs.

1972

hacker

« (Les hackers) sont ceux qui traduisent les demandes humaines en code que les machines peuvent comprendre et activer. Ils sont légion. Des fanatiques avec un puissant nouveau jouet. Une nouvelle élite mobile, avec ses propres dispositifs, langage et caractères, ses propres légendes et humour. Ces hommes magnifiques avec leurs machines volantes, explorant une technologie de pointe (…) »

Steward Brand introduit le terme « hacker » dans la culture pop de masse. Dans son article pour Rolling Stone, il rend compte de la première compétition de jeu vidéo Spacewar au laboratoire d’intelligence artificielle de Stanford en Californie, et présente les hackers comme la nouvelle contre-culture.

1972

Karen Spärck Jones

Karen Spärck Jones est une scientifique britannique, chercheuse en informatique. Ses travaux concernent le domaine de l’intelligence artificielle, et principalement le traitement automatique du langage naturel et la recherche d’information. Une de ses contributions les plus importantes est le schéma de « fréquence de document inverse » (en anglais IDF, pour Inverse Document Frequency), utilisé aujourd’hui dans la plupart des moteurs de recherche pour pondérer les résultats. Son slogan :« L’informatique est trop importante pour être laissée aux hommes. »

CC BY 2.5 / University of Cambridge

1972

timbre

Timbre de la Côte d’Ivoire, une femme entourée d’un IBM mainframe, de cartes perforées.

© Charles Babbage Institute

1973

où sont les femmes ?

Le Massachusetts Institute of Technology tient sa première conférence, « Femmes dans la science et la technologie ». Le constat est sans appel : bien que représentant plus de 40 % de la main-d’œuvre, les femmes sont absentes dans les secteurs hautement qualifiés, notamment la science et la technologie.

1973

first lady of the internet

Lenna est le fragment d’une photo de la pin-up du mois de novembre 1972 du magazine Playboy, Lena Söderberg. Il sert d’image test et devient le standard le plus utilisé de l’histoire des sciences informatiques, ce qui lui vaut le nom de « First Lady of the Internet ».
Lenna a été utilisée pour tout optimiser, du traitement des couleurs, à la compression, à la reconnaissance d’images par les algorithmes.
En 2018, la chercheuse Kate Crawford la désigne comme la «mère de la vision machine» ou « Eve dans le jardin de l’intelligence artificielle ». Lenna est un exemple sous-jacent des biais, du sexisme et de la discrimination présents dans le regard de la machine.

© Dwight Hooker / Playboy Magazine

1975

robots ménagères

The Stepford Wives, le film adapté d’un roman d’horreur d’Ira Levin (1972) se déroule dans une ville de banlieue idyllique où tous les hommes ont remplacé leurs femmes par des robots domestiques, serviles et idéalisés.

© Alamy

1975

Ce « puissant système d’entrée et d’édition de données » d’Inforex (1975), bien qu’il promette de minimiser les efforts de programmation et d’économiser des milliers de dollars chaque année, laisse à la femme peu d’espace pour se mouvoir.

© Charles Babbage Institute / Inforex, Inc.

1977

horreur domotique

Demon Seed (Génération Proteus). Dans ce film d’horreur domotique de Donald Cammell, Susan (Julie Christie) est séquestrée dans son domicile par une intelligence artificielle qui cherche
à se reproduire à travers elle.

© MGM

1977

micro-ordinateur

Lancement de l’Apple II. Le marketing des micro-ordinateurs et des consoles
de jeu s’adresse aux hommes et aux garçons, participant à la constitution d’une culture informatique très masculine.

© Apple

1978

carol shaw

Carol Shaw est l’une des premières femmes designeuse de jeux vidéo et notamment de 3D Tic Tac Toe pour l’Atari 2600.

© Atari

1980

roberta williams

Roberta Williams, game designer et cofondatrice de Sierra Online, est célèbre pour ses jeux d’aventure graphiques comme Mystery House, la série King’s Quest et Phantasmagoria.

Public domain

1982

machine de l'année

Le Time Magazine décerne son prix de « Man of the Year » à l’ordinateur personnel, l’appelant « Machine of the Year », le premier non-humain à recevoir ce prix depuis sa création en 1927.

1982

pris, zhora, rachael

Blade Runner de Ridley Scott.
Les réplicants, ou gynoïdes, bien qu’elles exécutent le travail de soldates-tueuses, demeurent les objets sexuels du désir masculin.

1982

commodore 64

© Commodore Corp.

1983

sophie

Sophie est la nièce de l’Inspecteur Gadget dans le dessin animé de Jean Chalopin. Très douée en informatique, elle se promène toujours avec un livre-ordinateur. Elle est également équipée d’une montre connectée qui lui permet de communiquer avec son chien Finot.

© Bruno Bianchi, Andy Heyward, Jean Chalopin.

1983

le geek

Le film Wargames canonise l’image du geek, jeune homme génie de l’informatique qui détient un pouvoir énorme au bout des doigts, triomphe de l’adversité et remporte la fille.

1983

© Benwill Publishing Corporation

1984

manifeste cyborg

« Je préfère être un cyborg qu’une déesse. »

Donna Haraway, A Cyborg Manifesto, 1984

Dans son essai, Donna Haraway recourt à la métaphore du cyborg, « organisme cybernétique, hybride de machine et de vivant », pour repenser nos corps en relation à la technologie et subvertir les fausses dichotomies entre humain et animal, entre organisme et machine, entre homme et femme. Son cyborg est souvent considéré comme le point de départ de la pensée cyberféministe, même si elle-même n’a jamais utilisé le terme.

© Lynn Randolph / Cyborgs, Wonder Woman and Techno Angels

1984

la revanche des nerds

Le film Revenge of the Nerds apparaît précisément au moment où l’enrôlement des femmes dans l’informatique se tasse. Le changement radical de genre dans les métiers de l’informatique dans les années 1980 se déroule parallèlement à l’émergence des nerds dans la culture populaire et au développement du jeu vidéo.
Les médias de masse, les publicités, les films, les jeux vidéo et les magazines informatiques ont tous tendance à renforcer la prédominance masculine sur le secteur.

© Twentieth Century Fox Film Corporation

1984

console cow-boy

Dans Neuromancien, roman fondateur du mouvement cyberpunk, William Gibson adapte le mythe du cow-boy solitaire au Wild West du cyberespace. Le protagoniste, Case, le « console cow-boy », se connecte au réseau informatique, à la matrice, via des électrodes.

1984

1984 won't be like 1984

© Ridley Scott/ Apple Inc

1984

La graphiste qui a donné un visage aux ordinateurs

La graphiste Susan Kare a designé la suite d’icônes qui a fait du Mac un outil révolutionnaire et souriant.
Ordinateur domestique, galbé et user-friendly qui s’oppose aux PC des bureaux, rigides, imposants et sans émotion, le Mac installe l’image de l’ordinateur comme gentille secrétaire, assistante affable.

© Susan Kare

1985

logiciel libre

Richard Stallman lance la Free Software Foundation (Fondation pour le logiciel libre). Les communautés qui ont émergé du mouvement du logiciel libre participent à cette représentation de l’informatique comme activité masculine. En 2013, les femmes ne représentent que 11,2 % des développeurs open source.

1985

la mère de l'internet

L’autrice de ce poème est Radia Perlman, parfois appelée « The Mother of the Internet », un titre qu’elle réfute. Conceptrice de logiciels et ingénieure réseau, elle est connue pour avoir développé l’algorithme du Spanning Tree Protocol (STP).

Source : Claire L. Evans, Broadband, The untold story of the women who made
the Internet, Portfolio/Penguin, 2018

© Radia Perlman

1985

la chute

Au milieu des années 80, un événement sans précédent dans l’histoire des professions touche le milieu de l’informatique aux Etats-Unis et dans de nombreux pays européens. En France, en 1982, les femmes représentaient 35% des ingénieures en informatique ; en 2002, elles ne sont plus que 20%.
Non seulement les femmes désertent la profession, mais la proportion de femmes étudiant l’informatique commence également à chuter et n’a pas cessé de le faire depuis. Aucun champ d’activité n’a vu un tel déclin dans la proportion des femmes.

© Quoctrung Bui/NPR

1986

samus aran

Samus Aran, chasseuse de primes, est la protagoniste de Metroid, le jeu d’action-aventure de Nintendo. Son corps dissimulé par une armure est offert au joueur en récompense. Plus son score est élevé et plus elle est dévêtue.

© Nintendo

1987

systers

Anita Borg, informaticienne américaine, crée la liste de diffusion Systers, au départ pour permettre aux femmes qui travaillaient sur les systèmes d’exploitation d’échanger sereinement sur des sujets techniques. La liste compte 7500 membres de 25 pays. En 1994, elle cofonde la conférence Grace Hopper Celebration of Women, consacrée à la recherche des femmes en informatique.

1987

lilith

Dawn est le premier roman de la série Xenogenesis d’Octavia E. Butler. Elle met en scène Lilith, une femme noire sauvée de la Terre dévastée par une guerre nucléaire par les Oankali, extraterrestres qui pratiquent le commerce des gènes.

1987

robotron

À l’occasion des 750 ans de Berlin, défilé des ordinateurs de bureau fabriqués par l’entreprise Robotron, de Sömmerda en Allemagne de l’Est. Fleuron industriel de l’ex-RDA, le Kombinat Robotron est alors le plus grand fabriquant d’ordinateurs et de machines à écrire du pays.

© Thomas Uhlemann, 4. Juli 1987 / Bundesarchiv, Bild 183-1978-0704-077

1987

3615 ulla

La France est recouverte d’affiches suggestives vantant les messageries du Minitel Rose, comme Ulla ou Aline. Derrière l’écran, ce sont souvent des hommes qui se font passer pour des femmes afin de garder leurs clients masculins en ligne le plus longtemps possible pour augmenter la durée de communication, et donc la facture.

DR

1987

muriel tramis

Muriel Tramis, après un début de carrière comme ingénieure dans l’armement, créé son premier jeu vidéo, Méwilo, un jeu d’aventure en « point and click » qui se déroule en Martinique. Ses jeux traitent de thèmes peu explorés par ce média comme la colonisation ou l’esclavage. Elle se lancera ensuite dans le jeu d’aventure érotique en adaptant notamment Emmanuelle mais est surtout connue pour sa gamme de jeux éducatifs Adibou. Elle a été nommée Chevalier de la légion d’honneur en 2018, une première pour une créatrice de jeux vidéo.

© Mewilo/Coktel Vision

1988

Haecksen

Haecksen (jeu de mot sur « hexen » qui signifie sorcières en allemand) est une association de femmes au sein du Chaos Computer Club (CCC), l’une des organisations de hackers les plus influentes, basée en Allemagne. Le groupe est fondé en 1988 par Rena Tangens et Barbara Thoens, qui se rencontrent annuellement lors du Chaos Communication Congress du CCC.

1988

echo

Stacy Horn créé Echo (East Coast Hang Out), une communauté virtuelle ou « salon électronique » qui connecte les usagers via Telnet, une sorte de technologie pré-Internet. A la fin des années 80, seules 10% à 15% des utilisateurs d’Internet sont des femmes, mais sur Echo, elles représentent la moitié.

© Getty Images, collection: The New York Post, photo: New York Post Archives (922917970)

1988

Racunari, magazine informatique d’ex-Yougoslavie (1984- fin 1990) avait la particularité de faire ses unes avec de belles jeunes femmes de l’Est légèrement vêtues.

© Racunari Magazine

1989

.yu

Borka Jerman Blazic, scientifique slovène des réseaux informatiques et pionnière de l’internet yougoslave enregistre le nom de domaine .yu. Elle est l’une des protagonistes du film de l’artiste Aleksandra Domanovic, From yu to me, qui raconte l’histoire du nom de domaine .yu, des femmes informaticiennes qui l’ont administré et de sa relation avec les soulèvements politiques du pays.

© Aleksandra Domanović, From yu to me, 2013-2014

1989

www

Invention du World Wide Web, un système hypertexte qui fonctionne sur Internet et permet de consulter des pages avec un navigateur.

1989

game boy

Comme son nom l’indique, les garçons sont la cible de la console de jeu portable de Nintendo.

© Nintendo

1990

« Biggest bitch in Silicon Alley »

Jaime Levy crée les premiers magazines électroniques sur disquettes, Cyber Rag et Electronic Hollywood, augmentés de sons, graphiques, quiz et jeux rudimentaires qu’elle programme elle-même.

© Jaime Levy

1991

branchées

« Les petites filles modèles
Ne jouent plus à la poupée
Ne jouent plus à la marelle
À la corde à chat perché
Branchées grâce au Minitel
Sur le marché financier
Les petites filles modèles
S’amusent à boursicoter
C’est à ce jeu qu’elles excellent
Fruit de la modernité
Ah la belle ah la belle ah la belle société (…) »

Une chanson de Jean Ferrat, Les petites filles modèles (1991)

1991

Cyberféministe

Le terme « cyberfeminist » apparaît en trois points du globe tel un « virus mental mémétique et collectif ». D’abord dans le Cyberfeminist Manifesto for the 21st Century de VNS Matrix (photo), groupe d’artistes australiennes ; puis sous la plume de Sadie Plant, théoricienne britanique de la culture ; et dans un article de l’artiste canadienne Nancy Paterson.
Il qualifie l’appropriation féministe des technologies de l’information et de l’ordinateur, au niveau pratique et théorique, afin d’analyser de manière critique les relations de pouvoir genrées à la technologie.

© VNS MATRIX

1992

les horribles cernettes

L’une des premières images téléchargées sur le réseau World Wide Web représente Les Horribles Cernettes, ou LHC, un groupe de pop féminin parodique, dont les initiales sont aussi celles du Large Hadron Collider, l’accélérateur de particules du Cern à Genève où le web fut inventé. Son créateur, Tim Berners-Lee, voulait quelque chose de « marrant » à mettre sur le WWW, créé à l’origine pour les échanges scientifiques. LHC fut le premier groupe à avoir sa page web.

L’un de leurs titres s’intitule
Surfing on the web

Click me, click on me
Link me on the Web
Oh baby, I’ll hyperlink to you
Surf me on the Web
My page is all for you
Call me on the Web
I’ll open, open my windows to you

© Silvano de Gennaro

1993

orlan

L’artiste Orlan réalise Omniprésence, une performance/opération durant laquelle elle se fait poser deux implants au niveau des tempes, rediffusée en direct à Paris, New York, Toronto et Banff.

1993

Mosaic est le premier navigateur web graphique

1994

Création d’Amazon

1995

le major

Ghost in the Shell, film d’animation de Mamoru Oshii, est l’adaptation d’un manga cyberpunk dont l’héroïne est un cyborg qui lutte contre le crime informatique.

1995

Cyberflesh GirlMonster

L’artiste Linda Dement sort le CD-Rom Cyberflesh Girlmonster, qui propose d’assembler des morceaux de corps scannés de femmes dans des compositions monstrueuses.

© Linda Dement

1995

Girls need modems!

« wired
- Que pensez-vous du féminisme et de la technologie ?
st. jude
- Je pense que la tech va résoudre tous nos problèmes. Les filles ont besoin de modems ! »

Interview de la hackeuse Jude Milhon, dit St. Jude, par le magazine américain Wired. Ancienne membre d’une communauté de programmation gauchiste-révolutionnaire à Berkeley, qui a créé le légendaire Community Memory Project, le premier système informatique public en ligne, elle est également membre des Cypherpunks, un terme qu’elle a inventé.

© design: RosieX, www.geekgirl.com.au, slogan: St.Jude

1995

Irrésistibles

« Les Grrrls avec une expertise technique sont irrésistibles.
RIEN n’est plus attractif qu’une grrrl féroce, enflammée, type ninja et si en plus elle connaît UNIX, ou le piratage téléphonique, le monde est à elle.
À elle! »
St. Jude, R.U Sirius, Bart Nagel, The Cyberpunk Fakebook

© Penguin Random House

1995

geek girl

L’Australienne Rosie Cross, alias RosieX, lance Geek Girl, premier « hyperzine » cyberféministe, toujours en activité.

1995

netscape

La société Netscape Communications fait une entrée fracassante en bourse, donnant le signal de départ de la bulle Internet des années 1990.

1995

Faut-il brûler internet ?

« Il n’y a pas de grande diversité humaine dans le cyberespace, qui est habité par des hommes de moins de cinquante ans disposant en abondance de temps d’accès à des ordinateurs, très habiles sur des claviers, aux opinions bien ancrées, et d’une épouvantable timidité dans les contacts directs, surtout avec des personnes du sexe opposé. »

Asdrad Torrès, Faut-il brûler Internet ?, paru en novembre 1995, dans Le Monde diplomatique

1996

lara croft

Sortie du jeu vidéo Tomb Raider avec son héroïne Lara Croft, archéologue aventurière. Au fur et à mesure de l’avancement de la série, la poitrine du personnage a été augmentée puis réduite.

© Ubisoft

1996

Olia Lialina

My Boyfriend Came Back from War est une œuvre pionnière de net.art d’Olia Lialina. Cette histoire interactive faite d’hyperliens, consultable dans un navigateur web, chronique l’histoire d’un couple qui se retrouve après la guerre.

© Olia Lialina, My Boyfriend Came Back From The War, 1996

1996

Mouchette.org

Mouchette crée sa première page personnelle sur le web et est présente sur le web depuis. Adolescente fascinée par le suicide et les étrangers, Mouchette est un personnage fictionnel créé par l’artiste Martine Neddam.

1996

joysticks

« Aujourd’hui, les femmes doivent mener la danse dans le cyberespace, ne serait-ce que pour s’assurer que les joysticks des cow-boys du cyberspace ne reproduiront pas la phallicité univoque sous le masque de la multiplicité. »

Rosi Braidotti, Cyberfeminism with a Difference
© VNS Matrix, All new Gen

1996

nerd

En plein boum de l’ordinateur personnel et de la « révolution Internet », le milieu économique et la presse populaire embrassent la figure du nerd solitaire devenu accidentellement milliardaire , clé du succès de la nouvelle économie, tel que décrit dans le documentaire à succès Triumph of the Nerds.

1996

les pénélopes

Les Pénélopes lancent en France leur site web penelopes.org dédié aux informations émanant de réseaux de femmes en lutte ou en mouvement dans le monde entier.

1996

cyberspace

La Déclaration d’indépendance du cyberespace est un document rédigé par John Perry Barlow. Il y décrit le cyberespace comme étant à la fois « partout et nulle part, mais il n’est pas où vivent les corps ».

1996

cyberoberta

CybeRoberta est une poupée connectée imaginée par l’artiste pionnière de l’art numérique Lynn Hershman Leeson, déclinaison en ligne de son alter ego Roberta Breitmore qu’elle décline depuis le milieu des années 70. Son œil gauche a été remplacé par une caméra qui envoie les images sur le web. L’internaute peut tourner la tête de la poupée à 180 degrés pour surveiller la galerie.

© Lynn Hershman Leeson

1996

Nathalie Magnan

Internautes est un film sur le réseau Internet, son histoire, ses utilisations et ses conséquences politiques. Il est réalisé par Nathalie Magnan (1956-2016) théoricienne des médias, cyberféministe, hacktiviste et enseignante. Traductrice du Manifeste cyborg de Donna Haraway, elle a joué un rôle clé dans la diffusion de sa pensée en France. L’exposition Computer Grrrls lui est dédiée.

© Reine Prat

1997

les zéros et les uns

« Lorsque les ordinateurs étaient des machines virtuellement réelles, les femmes ont écrit le logiciel sur lesquels ils tournaient. Et quand computer était un terme appliqué à des travailleurs en chair et en os, les corps qui les composaient étaient des femmes. Hardware, software, wetware, avant leur début et après leur fin, les femmes ont été les simulatrices, les assembleuses et les programmeuses des machines digitales. »

Sadie Plant, Zeros + Ones, digital women + the new technoculture

Dans cet essai très influent, Sadie Plant s’applique à casser l’idée reçue selon laquelle les technologies seraient une histoire d’hommes en faisant émerger des femmes dans l’histoire des sciences afin de démentir le lieu commun d’une technophobie féminine. Pour Plant, Internet s’accompagne d’un retour du principe féminin avec sa structure décentralisée, non hiérarchique et non linéaire. Elle a été critiquée pour sa vision exagérément optimiste de la technologie comme outil d’émancipation des femmes.

© HarperCollins Publishers

1997

female extension

La Kunsthalle de Hambourg est
Cornelia Sollfrank réplique avec ironie à l’« Extension » de la galerie sur Internet par son « Extension féminine » : elle crée des artistes femmes fictives dans le monde entier, leur attribuant des adresses postales et mails. Puis génère 127 sites web en utilisant un programme qui copie-colle des bouts d’HTML au hasard et les combine automatiquement. Tandis que la Kunsthalle se félicite de la participation importante de femmes, les prix sont attribués aux artistes hommes. Sollfrank révèle alors son intervention, restée jusque-là inaperçue, dans un communiqué de presse.

© Cornelia Sollfrank, Female Extension, 1997

1997

faces

Lancement de la liste de diffusion Faces fondée par Vali Djordjevic, Kathy Rae Huffman et Diana McCarty. Elle rassemble des artistes médias, des activistes, des chercheuses et des entités cyber identifiées comme femmes.

1997

Old Boys Network

« The Mode is the Message — the Code is the Collective! »

OBN (Old Boys Network, 1997-2001)

OBN est la première alliance cyberféministe internationale, aux côtés d’autres collectifs cyberféministes influents comme Faces, SubRosa, Gender Changers

1997

Le cyberféminisme n’est pas…

En septembre, Cornelia Sollfrank initie le First Cyberfeminist International à Documenta X de Kassel en Allemagne, où les participant.e.s se mettent d’accord pour ne pas définir le terme cyberféministe, mais dire ce qu’il n’est pas.
Cent antithèses ont été rédigées dans une multiplicité de langues, du croate à l’indonésien, défiant l’idée d’un mouvement unifié ou consensuel.
Deux autres éditions auront lieu, Next Cyberfeminist International en 1999 et Very Cyberfeminist International en 2001.

© Cornelia Sollfrank & Old Boys Network ed. 1998, First Cyberfeminist International

1998

Shu Lea Cheang

Brandon, de l’artiste Shu Lea Cheang, est la première œuvre en ligne commandée par par le Guggenheim.

© Shu Lea Cheang

1998

Création de Google

1999

bug de lan 2000

2000

Gender Changers Academy

« Nous encourageons les femmes à casser leurs ordinateurs et à les réassembler. De préférence dans une installation improvisée. »

The Gender Changers Academy est un collectif féministe international d’origine hollandaise. Leur nom fait référence aux prises qui servent à changer un câble mâle en câble femelle et vice versa. Leur principale activité est d’organiser des ateliers de partage de savoir sur les technologies par une approche pratique et féministe en privilégiant les technologies libres et open source, le recyclage du hardware, le Do-It-Yourself. En 2001, les membres du collectif sont à l’initiative d’ETC (pour Eclectic Tech Carnival), un événement annuel qui propose des ateliers d’informatique libre pour les femmes.

Posters from the Skills-from-Scratch weekend 2007

2001

Éclatement de la « bulle internet »

2001

digitales

Initié par Laurence Rassel, le festival Digitales rassemble à Bruxelles, de 2001 à 2006, les femmes travaillant avec les technologies en réseau, administratrices système, cyberféministes, net-artistes, développeuses.

2002

La femme la plus redoutée d’internet

Entité féminine flamboyante, véritable mythe des premiers temps du net, Netochka Nezvanova, surnommée « The most feared woman on the Internet », bien qu’on ignore son sexe véritable, était une développeuse, une artiste et une critique, mais aussi une provocatrice, qui semait le chaos dans les discussions online. Du jour au lendemain, elle s’est évaporée.

2004

Création de Facebook

2005

lisbeth

Lisbeth Salander, hackeuse, est l’une des héroïnes de la série de romans policiers Millénium de l’écrivain suédois Stieg Larsson.

2005

turkers

Amazon lance son service de microtâches Mechanical Turk.

2006

elektra

Elektra Wagenrad, hackeuse et philosophe contribue activement au développement des réseaux sans fil communautaires en Allemagne, notamment au sein de Freifunk. En 2006, elle développe le protocole de routage B.A.T.M.A.N. Elle a également enseigné l’utilisation de la technologie Wi-Fi au Bengladesh, en Inde, au Chili, en Tanzanie et en Afrique du Sud.

CC SA 1.0 / Horst Mäder and the B.A.T.M.A.N. Team

2006

take back the tech!

Take back the Tech! est une campagne internationale collaborative qui appelle les femmes à se réapproprier la technologie pour mettre fin à la violence dont elles sont les cibles.

Copyleft, 2015, Association for Progressive Communications, Women’s Rights Programme (APC WRP)

2006

Création de Twitter

2007

Fel Fei Li

La chercheuse en intelligence artificielle Fei-Fei Li lance ImageNet, énorme base de données d’images annotées qui va jouer un rôle clé dans le développement des logiciels de reconnaissance d’images. Elle est actuellement directrice du Stanford Artificial Intelligence Lab et a rejoint en 2017 Google Cloud en tant que scientifique en chef de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage machine.

2007

« There are no women on the internet »

Cette expression est utilisée dans les forums, chats, messageries ou IRC dès qu’émerge un sujet concernant les femmes : féministes/féminazis, copines, mères, personnes prétendant être une femme, etc.

2009

La loi de la licorne

« Si vous êtes une femme dans l’open source, vous finirez par donner une conférence sur le fait d’être une femme dans l’open source. »

Cette « loi de la licorne » a été formulée par Emma Jane Hogbin et Gabrielle Roth, dans le contexte d’une faible participation des femmes dans l’open source.

2009

Bayonetta

Bayonetta, sorcière SM du jeu éponyme est-elle une caricature sexiste
ou un modèle féministe?

2010

Chelsea Manning

Chelsea Manning, ancienne analyste militaire, transmet en 2010 à WikiLeaks des documents militaires classifiés sur des exactions commises lors des guerres en Irak et en Afghanistan. Condamnée
à trente-cinq ans de prison en 2013, elle est libérée en mai 2017.

CC BY-SA 4.0

2010

Selfie féminisme

Création d’Instagram, un espace de communication essentiellement visuelle.
En 2014, un rapport du Pew Research Center avance que 68% des femmes millennials ont posté un selfie, contre 42% des hommes. Les selfies ont permis de faire circuler des représentations d’identités non-normatives et des féministes s’en sont emparées pour célébrer le corps sous toutes ses formes. Néanmoins, la plupart des femmes reproduisent des standards de beauté qui s’adressent au regard masculin.

2011

Limor Fried

Limor Fried est la première femme ingénieure en une de Wired. C’est dans ce magazine créé au début des années 90 que Nicholas Negroponte, Stewart Brand ou John Perry Barlow et d’autres définissent la culture numérique émergente. Influent, le titre fait le plus souvent sa couverture avec des entrepreneurs du monde de l’informatique.

© Wired

2011

siri

Siri, assistant personnel pour l’iPhone 4S est lancé. Siri signifie « belle femme qui vous mène à la victoire » en norvégien. Tout comme les opératrices de téléphonie à l’époque, Siri rappelle un corps domestique familier à votre service. Son « How can I help you? » est une légère variation de l’insistante question des opératrices du XXe siècle : le « Number, please » ou le «J’écoute ». Elle sera suivie par Cortana, Alexa, Xiaoice…

DR

2012

Anna Anthropy

Anna Anthropy, créatrice de jeux vidéo indés publie Rise of the Videogame Zinesters. La conceptrice de Lesbian Spider-Queens of Mars et de Dys4ria, un jeu autobiographique sur son expérience de thérapie hormonale, y critique l’industrie du jeu vidéo et ses stéréotypes et livre un vibrant plaidoyer en faveur de jeux plus personnels conçus par des auteurs amateurs.

© Anna Anthropy

2012

Feminist server summit

Le Sommet du serveur féministe, organisé par l’association Constant, rassemble à Bruxelles un groupe de féministes intéressées par la création d’une infrastructure plus autonome afin de s’assurer que les données, projets et mémoires des groupes féministes restent accessibles et préservés.

2013

GynePunk, sorcières cyborg

GynePunk est un réseau qui a commencé à se rassembler sur le territoire catalan autour d’une collaboration interdisciplinaire entre le biohacking, les politiques transféministes do-it-yourself et des pratiques d’entraide liées à la santé. Son objectif est de décoloniser le corps féminin via une recherche indépendante, le développement d’outils et d’ateliers sur la gynécologie et les questions de santé. C’est un espace de rencontre ouvert à toutes, sages-femmes, travailleuses du sexe, migrantes, pour partager et pour se réapproprier ensemble des outils comme un spéculum en impression 3D, des centrifugeuses ou des microscopes créés à partir de matériaux recyclés.

© Gynepunk

2013

surveillance de masse

Edward Snowden révèle la surveillance massive d’Internet.

2013

samantha

Dans Her de Spike Jonze, Theodore tombe amoureux d’un logiciel de compagnie qu’il appelle Samantha.

2013

Corriger Wikipédia

Lancement d’un Edit-a-thon annuel Art+feminism pour améliorer la représentation des femmes artistes sur Wikipédia. Cette initiative fait partie d’un effort plus vaste pour corriger un biais persistant dans les articles de Wikipédia écrits de manière disproportionnée par et sur les hommes. L’encyclopédie collaborative est l’une des plus importantes sources d’informations, or seulement 10% à 20% des contributeur.ices de Wikipédia s’identifient comme femmes.

© artandfeminism.org

2014

kim

kimkardashian#BreakTheInternet

2014

barbie

Controverse autour du livre Barbie: I Can Be a Computer Engineer, sorti en 2010. Barbie peut être ingénieure informatique…, mais seulement avec l’aide d’un homme. La poupée de plastique y déclare : « Je ne fais que créer les idées de design…, je vais avoir besoin de l’aide de Steven et Brian pour en faire un vrai jeu. »

© Mattel

2014

Halt and catch fire

La série Halt and Catch Fire, qui relate l’histoire des pionniers de l’informatique aux Etats-Unis, attribue aux femmes et aux personnes de couleur des rôles clés d’innovatrices et de leaders.

2014

Silicon Valley

La première saison de la série Silicon Valley met en scène huit hommes et une femme.

2014

#GamerGate

La controverse du Gamergate éclate autour de la question du sexisme dans la culture du jeu vidéo suite à une campagne de harcèlement conduite/ sous le hashtag #GamerGate. Débutant au mois d’août, les supporters du Gamergate ont visé plusieurs femmes dans l’industrie du jeu vidéo, dont les développeuses Zoë Quinn et Brianna Wu, ainsi que la critique youtubeuse Anita Sarkeesian.

2014

#FreeTheNipple

Le hashtag #FreeTheNipple, littéralement « Libérez le téton », dénonce la censure de Facebook et Instagram qui suppriment systématiquement les images de tétons féminins.

CC BY-SA 4.0 / C. Suthorn

2014

Xénoféminisme

Laboria Cuboniks publie son manifeste xénoféministe. Collectif disséminé sur cinq pays et trois continents, il prône une approche critique de la technologie. Anti-naturaliste, il réclame l’abolition de la division binaire des sexes. Son nom est un anagramme de Nicolas Bourbaki, un pseudonyme utilisé par un groupe de mathématiciens français au début du XXe siècle.

2014

Wages for Facebook

Campagne de l’artiste Laurel Ptak pour exiger que le temps passé en ligne sur les réseaux sociaux soit reconnu pour ce qu’il est : du travail invisible, non rémunéré.

© Laurel Ptak

2014

Transhackfeminist (THF!) convergence

Du 4 au 11 août, féministes intersectionnelles, personnes queer, trans et de tous genres se sont retrouvées à Calafou, près de Barcelone, pour mieux comprendre, utiliser et à terme développer des technologies libres et émancipatrices pour la résistance sociale.

THF

2014

deep lab

Deep Lab réunit un collectif de chercheuses, artistes, écrivaines, ingénieures et productrices cyberféministes autour des questions liées à la vie privée, la surveillance, le code, le hacking social, la race, le capitalisme, l’anonymat, les infrastructures du XXIe siècle.

2015

ava

Ex_Machina, thriller psycho-technologique d’Alex Garland.
Lors d’un test de Turing, Caleb tombe amoureux d’Ava, une gynoïde dotée d’intelligence artificielle dont le corps a été modelé à partir de ses actrices pornos fétiches.

© DNA Films

2015

la chute continue

Selon le rapport de l’Unesco sur la science : vers 2030, l’analyse du secteur de l’informatique montre une diminution régulière du nombre de diplômées depuis 2000, en particulier dans les pays à revenu élevé. Entre 2000 et 2012, la proportion de diplômées en informatique a diminué en Australie, aux Etats-Unis, en Nouvelle-Zélande et en République de Corée. La situation est particulièrement inquiétante en Amérique latine et aux Caraïbes où elle a chuté de 2 à 13 points de pourcentage depuis 2000. Parmi les exceptions : la Turquie, où la proportion de diplômées en informatique est passée de 29% à 33%. En Malaisie, le secteur des technologies de l’information est composé à parts égales d’hommes et de femmes.

2015

Post-mom economy

Le terme « Post-mom economy » (économie post-maman) émerge dans la presse américaine. Il désigne ces jeunes hommes de la tech qui conçoivent des programmes pour les tâches qu’ils aimeraient toujours voir faire par leur maman : conduire, cuisiner, nettoyer, faire la lessive…

2016

#KissMyArs Kampagne

Campagne contre Ars Electronica, doyen des festivals d’art et technologie en Autriche, initiée par l’artiste Heather Dewey-Hagborg. En vingt-neuf ans d’histoire, 9 Golden Nica (le prix le plus prestigieux) sur 10 ont été attribués à des hommes. Le trophée, inspiré de la statuaire antique, représente un corps idéalisé de femme sans tête.

© KissMyArs / Heather Dewey Hagborg

2016

Tay

Microsoft désactive Tay, son chatbot
sur Twitter, après seulement seize heures d’existence. Censée apprendre à partir des interactions avec les usagers, elle s’est mise à publier des tweets sexistes, racistes et antisémites.

2016

L’IA a un problème d’homme blanc

Kate Crawford, chercheuse chez Microsoft et cofondatrice de l’institut de recherche AI Now, écrit une tribune dans le New York Times du 25 juin titrée « Artificial Intelligence’s White Guy Problem », où elle souligne que le manque de diversité dans le secteur de l’intelligence artificielle va renforcer encore les biais de genres et autres formes de discriminations.

2017

WEB GIRLS

Broad Band, the Untold Story of the Women Who Made the Internet, de Claire L. Evans, retrace l’histoire méconnue des femmes qui ont fait Internet.

© Portfolio Penguin / Jacket Design Maya Miceli / Jacket image (composite) Shunichi Yamamoto / Amana Images / Getty Images

2017

mémo

Fuite dans la presse d’un mémo remettant en cause le recrutement basé sur la diversité, par un ingénieur de Google. L’auteur estime que si les femmes sont sous-représentées au sein des ingénieurs et des postes à responsabilité, c’est en raison de « différences biologiques ».
La même année, plusieurs dirigeants de grandes entreprises de la Silicon Valley ont quitté leurs fonctions après avoir harcelé des femmes.

2017

biais

La mythologie qui a longtemps consisté à présenter les technologies de l’information et de la communication comme abolissant les différences de couleur de peau, d’origine et de genre, est fortement battue en brèche par des chercheuses comme Safiya U. Noble, qui mettent en évidence les biais algorithmiques dans les moteurs de recherche, les logiciels de reconnaissance faciale et le ciblage publicitaire.

© NYU Press

2017

#metoo

Le hashtag #MeToo s’est largement diffusé sur les réseaux sociaux en octobre 2017 pour dénoncer l’agression sexuelle et le harcèlement à la suite d’accusations portées contre le producteur américain Harvey Weinstein. Ce mouvement est né en réalité il y a onze ans, à l’initiative de l’activiste africaine américaine Tarana Burke.

2017

sophia

En octobre, le robot humanoïde Sophia obtient la nationalité saoudienne. Les femmes saoudiennes devront attendre juin 2018 pour qu’entre en vigueur le décret les autorisant à prendre le volant.

CC BY 2.0 / ITU Pictures from Geneva, Switzerland

2017

Post Cyberfeminist international

La manifestation qui se tient à l’ICA, à Londres, réactualise les questions cyberféministes et les élargit aux luttes queer et au black feminism, dans le contexte d’une aggravation de la violence genrée en ligne.

2018

bitcoin

Selon Coin.dance, en août 2018, 91% de la participation dans la communauté Bitcoin est masculine.

2018

pink ghetto

Les femmes forment l’essentiel des recrues dans les emplois liés aux réseaux sociaux. Ce « Pink Ghetto » est caractérisé par son invisibilité, ses bas niveaux de revenus et un statut marginal.

2018

Horreur domotique 3.0

Une nouvelle forme de violence domestique apparaît en lien avec le développement des maisons connectées, écrit le New York Times dans un article « Thermostats, Locks and Lights: Digital Tools of Domestic Abuse ». Les femmes en sont les premières victimes.

2018

Femmes@Numérique

Lancement de la fondation Femmes@Numérique en France. Etat, grandes entreprises et associations qui agissent pour la parité dans la tech se mobilisent pour favoriser la mixité dans les métiers du numérique. La part des femmes dans les filières informatiques a été divisée par deux en trente ans. En 2017, seulement 9% des start-ups étaient dirigées par des femmes. Si un tiers des salariés dans les métiers du numérique sont des femmes, seules 15% occupent des fonctions techniques comme la programmation ou le développement.

2018

Femmes dans l’apprentissage automatique

Seuls 13,5% de femmes travaillent dans le domaine de l’apprentissage automatique, d’après la chercheuse en intelligence artificielle Hanna Wallach, cofondatrice de Women in Machine Learning (WiML). Ce projet, initié au milieu des années 2000, vise à promouvoir les recherches des femmes. Le WiML organise chaque année ateliers et conférences.